Vanille : ne faites pas comme moi, et ne traduisez pas bêtement « vanilla » ou « plain vanilla » en parlant d’options en finance. En anglais, « plain vanilla » ou « vanilla » signifie simplement « ordinaire », sans complication, comme la glace au parfum du même nom. On les dit « vanilla » par opposition à « exotic», (en français options exotiques, ou de seconde génération, plus complexes).
Valeur travail : la forme de l’expression est intrigante. Pourquoi cette élision ou cette contraction de la préposition et de l’article ? Pour dynamiser le discours ou pour appauvrir le langage ?
Difficile de savoir si l’expression s’est imposée à partir du management ou du politique. Quoi qu’il en soit, cette valeur a la cote. On n’entend plus parler que d’elle. Attention aux intentions vertueuses et didactiques, elles peuvent se retourner contre ceux qui en ont plein la bouche et qui prétendent par des discours inciter les autres à « retourner » au travail, alors que souvent, c’est le travail qui ne veut pas de certains. Ou alors, c'est le problème non de la valeur du travail, mais celui de la valorisation de l’emploi qui se pose. Quant à affirmer que le travail est une source de satisfaction et de réalisation de soi, c’est enfoncer une porte ouverte, à moins d’ériger des cas isolés mais notoires de pathologies (fainéantise ou inaptitude) en classe sociale ; c’est parfois faire fi des conditions difficiles de l’exercice, surtout pour certains types de travail, ou à certains moments de la vie (voire de la semaine, maudit lundi). Mais la peine, le coltinage quotidien avec la difficulté et avec des collègues, font partie du travail, c’est le travail du travail et la plupart des travailleurs, quels que soient leur activité et leur niveau dans l’échelle socioprofessionnelle, « font avec » cette réalité. L’organisation, notamment celle de l’entreprise, est censée décupler l’efficacité du travail, notamment en réduisant sa pénibilité. À moins que celle-ci soit niée, justement au nom de la « valeur travail », et que sa charge soit remise sur le dot du seul salarié, sommé d’être heureux, décontracté, motivé et compétent « par lui-même ». Attention, le déni de la difficulté du travail est le commencement de la fin du management et le cours de la valeur travail pourrait bien évoluer inversement à ceux de la valeur organisation, de la valeur coopération, de la valeur coordination, voire de la valeur management tout court.
Variante : ne pas confondre avec variation. Une variante, c’est une version différente, par exemple d’un texte, d’un projet ou d’une machine. Une variation, c’est une légère modification, une transformation, un passage d’un état à un autre. Comparer : « ce projet est une variante de celui que j’ai présenté précédemment » ; « les variations des demandes du client rendent difficile la préparation d’une offre ».
Versatile : l’homonyme anglais déteint sur son cousin français, et c’est dommage, car le sens y perd… Versatile, en bon vieux français bien de chez nous, c’est le fait d’être changeant, instable, et franchement, ce n’est pas une qualité. De l’inconstance à l’inconsistance, il n’y a que quelques pas. En anglais, « versatile » se dit de quelqu’un dont on apprécie les goûts éclectiques, les connaissances variées, les aptitudes diverses. Rien à voir avec son muscadin de cousin français.
He is versatile : il se plie à tout.
NB : le français versatile se traduit en anglais par « volatile ».
Veto : sans accent sur le e, invariable. Des veto comme je l’écris. Pourquoi vidéos et pas vétos ? Petitesses et mystères de l'orthographe.
Vexing : encore un mot anglais qui peut se traduire par de réjouissants contresens. "A vexing question", ce n’est pas une question qui fâche, comme j’en ai rencontrée une avec perplexité dans une traduction très ambitieuse, mais malheureusement pleine de fantaisies linguistiques non assumées, pour le dire dans le style du traducteur, qui aurait dû plutôt parler d'une "question délicate" ou d'un "problème épineux".
Viable ou vivable : une entreprise viable est une entreprise appelée à se développer, à durer (le contraire est une entreprise non viable, par exemple parce qu’elle accumule les pertes). Une monde vivable est un monde où il est envisageable de vivre, un monde supportable, même s'il ne donne pas nécessairement envie. Le contraire se dit invivable.
Vice-president : en anglais, le titre désigne souvent un chargé de mission auprès de la direction générale, désigné par le comité d’administration qui lui remet une lettre de mission (credential) fixant le cadre de ses activités et responsabilités. Parfois des dizaines de vice-presidents dans une entreprise. On peut détecter l’importance de la fonction selon ajout de « executive » ou de « senior ».
Vidéo : des jeux vidéo, des appareils vidéo. Quand le mot est adjectif, il est invariable ; quand il est nom, il est féminin et le pluriel prend "s".
Virus : ne pas dire ou écrire virus VIH, car le sigle contient déjà l’initiale du mot. VIH = virus de l’immunodéficience humaine.
Vision : ouf, encore un vilain concept qui s’efface progressivement des discours de Noël des dirigeants. Je n’aime pas toujours mieux les nouveaux, mais je trouve que celui-là a vraiment mis beaucoup de temps à se biodégrader dans les poubelles du management.
Le mot désigne pourtant une vraie qualité : la hauteur de vue, ou sa largeur, sa longueur, sa profondeur ... Mais il a été trop souvent utilisé dans des discours incantatoires censés motiver les troupes. Ces discours sont fondés sur la croyance que le rôle des managers est de « donner du sens ». Comme si le sens pouvait être la propriété ou l’apanage de certains. Les bons managers font quelque chose de beaucoup moins prétentieux, mais aussi de beaucoup plus difficile : ils donnent « envie »... La qualité de leur vision et leur capacité à l’exprimer correctement font certes partie de la réussite de ce difficile exercice, mais attention aux hallucinations.
Win-win : expression parfois abusivement employée par celui qui cherche à tirer profit d’une situation où il se trouve en position de force par rapport à vous. L’anglais est révélateur. S'il utilise l’expression française gagnant - gagnant ou, encore mieux, donnant – donnant, votre interlocuteur juge sans doute que le rapport de force est équilibré, voire en votre faveur. Mais s'il passe à l'anglais, méfiance ! Vérification empirique garantie. /
Explication théorique ? Si elle existe, elle part sans doute du constat que l’utilisation de l’anglais par les managers francophones (et sans doute le phénomène s'observe aussi dans les autres langues) est toujours corrélée à un malaise et une insécurité ; comme si la langue maternelle interdisait d’utiliser certaines expressions permises en anglais, parce que c’est la langue des affaires, de ses affaires, et qu’elle donne le sentiment d’être pro. Lorsque votre patron ou votre client truffe son discours de mots anglais, méfiance ! Si le client prononce vertueusement une phrase du genre « Dans la nouvelle configuration de notre supply chain management, nous implémentons des rapports win-win avec nos fournisseurs… » : élargissez votre base de clients d'urgence, sinon gare à vos marges et à vos commandes...
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