Les mots pour l'écrire

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Scénario : au pluriel, scénarios. L’usage de scénarii formé sur le pluriel latin semble plus pompeux que correct, car l’accent sur le e montre la francisation du mot. Scenarii s’écrit aussi, mais franchement, « scénarios » passe très bien.
Sceptique : il faut choisir entre le soupçon (sceptique), et la contamination (septique). Voir septique.
Second : les puristes prétendent utiliser ce terme quand on dénombre des choses, la première, la deuxième, et qu’il n’y en a pas de troisième. N’est-ce pas un peu idiot ? On pourrait discuter à l’infini de savoir s’il faut parler de la Seconde ou de la Deuxième Guerre mondiale.
Secteur
: il faut dire secteur bancaire plutôt qu’industrie de la banque ; d’ailleurs pourquoi ne pas dire tout simplement la banque (sans majuscule, bien entendu) ? Ne pas écrire le secteur des services, mais le secteur tertiaire ou le tertiaire ou les services tout court.
Sécurité : ne pas confondre avec sûreté, même si les deux mots sont très proches. Sécurité est un état qui résulte de l’absence de danger, ou le sentiment que donne cet état, ou encore les organismes qui assurent cet état (Sécurité sociale). La sûreté se dit des précautions qui assurent la sécurité. Elle désigne également la précision et l’efficacité.
Sensé – censé
: sensé vient de (bon) sens ; un homme sensé ; une remarque sensée. Censé vient du verbe « censer », mot défunt qui signifiait estimer, juger. Censé est toujours suivi d’un infinitif (rarement sous-entendu) : il est censé être à Paris ; elle est censée connaître le règlement. Pas de « de » avant l’infinitif.
Se sentir suivi d’un infinitif ; le participe s’accorde avec le sujet si le sujet du verbe pronominal est aussi sujet de l’action exprimée par l’infinitif : elle s’est sentie renaître (elle renaît) ; ils se sont sentis défaillir (ils défaillent). Elle s’est sentie mourir (elle meurt). Si le pronom est l’objet direct de la phrase à l’infinitif, pas d’accord du participe : elle s’est senti piquer par le moustique (le moustique l’a piquée). Ils se sont senti rouler par l’avocat de leur client (le client les a entubés).
Septique ou sceptique ?
Il faut choisir entre le désinfectant (antiseptique) et le soupçon (sceptique).
Sigles : faut-il des majuscules ou non ? Tout dépend de la façon dont on prononce ces agrégats d’initiales. SNCF, USA, CPE, FO, OGM, CNRS ; PME (notre époque a laissé tomber les points séparant les initiales) : les majuscules s’imposent lorsqu’on prononce séparément toutes les lettres. Mais on écrira Unesco, Cnam, car on prononce ces sigles comme des mots (on parle d’acronyme). Lorsque ces mots deviennent communs, ils perdent même leur majuscule initiale (ex : ovni, laser) ; (voir acronyme). L’Organisation des nations unies s’abrège en ONU ou Onu, selon la manière dont on prononce le sigle. Recommandation expresse : lorsque vous développez un sigle pour faciliter la vie de votre lecteur, surtout ne mettez pas de majuscule à tous les mots. Certains se croient même obligés de graisser la police des initiales. Le CPE est le contrat première embauche (paix à son âme) et non le Contrat Première Embauche. Si le sigle abrège une expression en anglais, on laisse les majuscules dont cette langue est friande. Par convention, la première fois où l'on utilise l’expression dans un texte rédigé, on commence par l’écrire en toutes lettres, et on fait suivre par le sigle entre parenthèse. Dans la suite du texte, on n’utilise plus que le sigle. Par exemple l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Pour ceux qui cherchent à égaler les Monty Pythons dans How to irritate people, les sigles sont de merveilleuses petites machines : si vous voulez dégoûter les autres de vous lire ou de vous écouter, semez des sigles à profusion dans vos écrits, vos discours. Effet garanti. Il y a encore mieux : interrompre l’interlocuteur et d’un air innocent lui demander : « pardon, je n’ai compris, que signifie le Cif, le Pos, l’ESPC, le CCIP, etc. ? ». Et voilà le malheureux obligé de s’interrompre, de s’excuser et de s’expliquer (vous ne l’écoutez déjà plus, beaucoup trop occupé à regarder votre petit effet sur la tête de ceux qui vous entourent, le plus souvent ravis de la diversion. En plus, c’est vous qui passez pour le malin, et le sigleur pour un cuistre).
Signaler : attirer l’attention, informer, prévenir.
Signaliser : marquer par des repères visuels, des signaux.
Significatif
: attention quand on traduit le faux ami anglais significant. Utiliser appréciable, substantiel, sensible, important.
Soi-disant
: voir prétendu.
Soldes : pour désigner la période de rabais commercial généralisé, toujours au masculin pluriel. Des soldes intéressants. Erreur excusable mais néanmoins idiote et évitable.
Solutionner
: on le lit, on le dit, mais ne serait-ce pas plus simple et surtout plus joli de dire régler, résoudre, dénouer, etc. ? La laideur du mot évoque la platitude de "finaliser" ; la balourdise des deux singe la barbarie de la "solution finale".
Start-up nom féminin, invariable, des start-up. Dire aussi jeune pousse, mais il faut bien reconnaître que cela ne passe pas, alors on utilise sans vergogne start-up.
Stratégique : bien réfléchir quand on veut employer ce mot. Se demander si on ne peut pas mettre à la place : important, décisif, majeur, capital, à long terme… Voire catastrophique : beaucoup de décisions dites stratégiques ont eu des conséquences imprévisibles et destructrices (par exemple, décision d’IBM de ne pas fabriquer les processeurs et de laisser à sa filiale Intel le soin de le faire, puis de revendre sa filiale). Tout peut paraître stratégique dans l’entreprise, quand on regarde les choses d’un certain angle. Encore un mot que le management emploie dans sa tentation de tout confondre, de rendre tout indifférencié… Exiger pour soi-même de donner un contenu partageable à cette notion. L’exercice de l’antonyme est intéressant : le contraire de stratégique, dans l’art militaire, c’est tactique. En entreprise, c’est opérationnel, etc.
Suite à : les puristes n’aiment pas. Ils prétendent remplacer par « par suite de », ce qui, à mon avis, est encore pire. « À la suite de » passe peut-être mieux, mais annonce souvent des phrases kilométriques et ennuyeuses. Coupez, coupez, et reformulez. Exemple : à la suite des recommandations du comité de direction quant à la réorientation du pilotage du projet d’abandon de la fabrication de la molécule XYV et du redéploiement des équipes sur les sites de Z et de W, l’équipe de pilotage a décidé de nommer un nouveau chef de projet plus proche des équipes. Écrire plutôt : un nouveau chef de projet, proche des équipes, a été nommé. Il s’agit de se rapprocher du terrain pour aider les personnes concernées par l’abandon de la fabrication de la molécule XYV. Le comité de direction qui en a décidé veut en effet mettre tout en œuvre pour que le redéploiement se passe bien.
Sunk costs
: se dit de dépenses qui ne sont pas récupérables, par exemple lors de la création d’une entreprise ou du lancement d’un nouveau produit : coûts de la recherche et développement, des campagnes de communication... Les financiers et les investisseurs ne veulent pas dire autre chose que «fonds perdus», mais ils préfèrent, pour d’obscures raisons linguistiques non identifiées, parler de « sunk costs ».
Supply chain
: dit plus que sa traduction littérale – chaîne d’approvisionnement. Se traduit généralement par chaîne logistique globale. Encore une fois, l’utilisation de l’anglais indique une certaine distanciation du locuteur, par rapport à ce qu’il dit, ou par rapport à vous.. Si votre client n’a que le mot « Supply Chain Management » à la bouche, attendez-vous à ce qu’il vous parle rationalisation, réduction des coûts, et qu'à un moment ou à un autre, il prononce l’inévitable rapport win-win qui vous fera une belle jambe.
Supporter : encore un faux ami anglais quand on veut parler d’une équipe ou d’un projet qu’il s’agit d’appuyer, épauler, soutenir, encourager. Supporter son patron n’a pas le même sens que le soutenir, à moins qu’il soit très mauvais. Encore une fois la faute de français vient d’une lacune en anglais. Les Anglais supporters de foot « supportent » leurs équipes, les Français les soutiennent. Nuance.
Sur
: la préposition remplace de plus en plus à, vers, dans. J’habite sur Paris, entend-on pour vraisemblablement habiter à Paris, ou près de Paris, ou encore dans la région parisienne. Les journalistes parviennent à résister, mais dans le langage courant, en RER ou à la machine à café, le « sur » semble avoir gagné. Au secours, que fait l’Académie française ? Elle ignore, pas au courant de cette entourloupette prépositionnelle. Sans doute, sous la coupole, nul ne s’aviserait de dire qu’il siège dessus. Quand et où cette faute est-elle apparue et par quels canaux s’est-elle généralisée ?
Stupéfait
: adjectif et pas participe passé ! il n’existe pas de verbe stupéfaire. Donc on n’écrit pas « le juge a été stupéfait par ces révélations » mais on dit à la place « il s’est montré stupéfait devant ces révélations » ou « ces révélations l’ont stupéfié.
Stupéfier
: rendre stupide ou stupéfait. Voir stupéfait.
Susceptible de
: le sens se confond parfois avec celui de« capable de ». Susceptible se dit surtout des choses qui sont capables de changer, d’être utilisées différemment : ce projet est susceptible de modifications. Ces vacances sont susceptibles d’être ratées. Ce matériau est susceptible d’altérations. Capable de se dit surtout de créatures, humaines ou autres : l’homme est capable de s’adapter à toutes sortes de régimes alimentaires. Le chameau est capable de vivre dans le désert des jours sans boire.
Swap : accord de crédit réciproque. Le Petit Robert recommande : crédit croisé, échange financier.
Swift : acronyme de l’anglais pour Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications.
Synergie : encore un mot qui fait partie de la boîte à outil de la rhétorique managériale, avec les expressions « mutualiser les compétences », « prioriser les actions » et « implémenter le changement ». Mais il n’y a pas d’autres mots pour désigner l’action coordonnée de plusieurs éléments – forces, compétences, savoir-faire, etc. L’exploitation des synergies sert toujours d’alibi industriel aux rapprochements opérés en bourse. Parfois trop grosse, la ficelle. Le mot est galvaudé, mon dieu qu’il date les années 90. Redondance qui échappe encore à la vigilance des éditeurs : « mutualiser les synergies » (partager les partages…). Bravo !
Systémique
: le nom désigne à la fois la théorie des systèmes complexes et toute technique s’y rapportant. Systémique est également un adjectif savant pour qualifier ce qui se rapporte ou qui touche un système dans son ensemble (représentation systémique d’un problème, par exemple, où sont prises en compte notamment les relations entre les variables). Ne pas confondre avec systématique. Systématique : le nom désigne la science des classifications des êtres vivants et le « corpus » de notions et de vues relevant d’un système de pensée (la systématique hégélienne ou marxiste). L’adjectif est employé couramment pour qualifier (je simplifie, consultez un bon dictionnaire pour plus de précision) : 1. Ce qui relève d’une méthode, dans un cadre et un ordre bien définis (une réflexion, un travail, une recherche systématique) ; par dérivation péjorative, ce qui tombe dans l’absolu de la logique, souvent jusqu’à l’absurde : une volonté systématique de nuire, un refus systématique. 2. Qui se rapporte ou qui constitue un système bien déterminé : l’astronomie systématique de Ptolémée, la terminologie systématique de Linné.

12 janvier 2006 dans S | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)