Les mots pour l'écrire

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Obéissance : il y a quelques années, je donnais une formation à des cadres chinois sur la communication managériale, afin de les aider dans leurs relations avec leur maison mère, un groupe britannique. Je m’étais échinée pendant une semaine, les participants avaient été très attentifs et patients, mais à la fin, l’un d’eux me fit gentiment remarquer : « c’est très intéressant ce que vous nous racontez, nous avons beaucoup appris sur les Européens ; mais en Chine, manager une équipe, c’est se faire obéir ».

Obérer : verbe transitif direct, signifie charger de dettes. La guerre obère le pays, pas la peine de préciser de dette. Sa famille s’est obérée pour lui. Le verbe est parfois utilisé comme synonyme de « nuire à, compromettre », comme dans l’exemple du Petit Robert tiré du Monde : La confusion entre recherche et développement finit par obérer l’une et l’autre.

Observance ou observation : on observe des règles ou des prescriptions médicales, mais on parlera de l’observance des règles dans un monastère, de l’observance du jeûne ou du Ramadan, de l’observation d’un régime, de l’observation du règlement.

Obvier à : signifie prendre des précautions pour parer à une éventualité fâcheuse. Ne pas oublier le à ou alors recourir à un synonyme moins soutenu, moins littéraire, comme éviter, prévenir, remédier. Obvier à est correct, mais quand même, cela sonne un peu prétentieux.

On : tous les manuels de savoir – écrire, et même les guides du bien – parler, bannissent ce petit pronom indéfini du langage châtié. C’est très dommage, d’autant que son absence oblige à des contorsions et des lourdeurs pires que la prétendue inconsistance du pronom. Pour bien l’utiliser, voici quelques rappels et conseils piqués à Joseph Hanse, dans son Dictionnaire des difficultés du français moderne, Duculot, 1983.

1. On se substitue à un pronom personnel pour exprimer une mise à distance ou un sentiment tiré d’une gamme très variée : modestie, orgueil, tendresse, ironie, mépris… (On a voulu tenter, écrit un auteur dans sa préface, pour ne pas dire « je ». Alors, petite fille, on est contente ? Doit-on comprendre la volonté de la direction d’arrêter la négociation ? (le on sonne ici un peu comme une menace). On se substitue très souvent à nous, mais aussi à elle, à tu, vous, etc. L’accord de l’adjectif peut se faire avec la personne sous-entendue dans le on : on n’est pas toujours jeune et belle ; on n’est pas des esclaves ; on n’est pas plus discrète.

2. Le verbe reste toujours au singulier, mais le participe passé, comme l’adjectif, s’accorde généralement avec ce que représente le « on ». « Et, s’étant salués, on se tourna le dos » (G. Flaubert, Madame Bovary, II). Mais on peut parfaitement laisser le flou et accorder avec le pronom indéfini (donc masculin singulier).

3. Quel pronom personnel pour renvoyer à on ? Si possible, on emploie soi ou se : On aime dans les autres ce qu’on retrouve en soi. Sinon, on utilise vous ou nous : on n’aime guère les gens qui nous font du mal. Même principe pour l’adjectif possessif : on reconnaît facilement les siens.

4. On se répète plus souvent que les pronoms personnels devant un verbe juxtaposé ou coordonné avec un autre ayant le même sujet : on s’inquiète et on se pose des questions (au lieu de il s’inquiète et se pose des questions).

5. L’on peut s’employer au lieu de on en tête ou dans le corps de la phrase, par souci d’euphonie ; c’est dans la langue écrite qu’il apparaît surtout, sans jamais s’imposer. On le trouve particulièrement après ou, et, où. On l’évite après dont ou devant un mot commençant par l : les enfants dont on parle. Si on le veut. Et on le lui a donné.

Opérationnel : nous vient à la fois de la langue anglaise et du langage militaire (deux sources majeures du management).

De l’anglais operations, operational : qui peut fonctionner, être mis en service (en parlant d’un site, d’une usine, d’un hôpital). Capable d’agir (en parlant par exemple d’un salarié qui devient rapidement opérationnel). Une unité opérationnelle peut aussi être une unité en activité ou en exploitation, un service qui fonctionne correctement, etc. Un deuxième sens de l’anglais « operational » est beaucoup plus technique. Operational research est la recherche opérationnelle, une discipline faisant appel à l’analyse mathématique pour étudier les organisations et optimiser les résultats.

Du militaire opérations, relatif aux mouvements militaires, aux combats, au terrain, par opposition à stratégique.

Optimum : pas besoin de montrer qu’on a fait ses classiques en parlant d’optima au pluriel. Des optimums se disent et s’écrivent encore mieux. On évite l’emploi du mot comme adjectif au profit d’optimal, optimale, optimaux.

Option : ne pas trop abuser de ce mot juridique ou commercial et préférer les choix aux grandes options.

Optionnel : deux n. Les choix optionnels n’existent que dans les délires des commerciaux.

Opportunité : d’une décision, d’un événement. Emploi critiqué (mais compris par tout le monde) au sens de circonstance opportune. Utiliser possibilité, occasion, chance. La confusion vient de l’anglais opportunity qui signifie occasion. Alors on met de l’opportunité partout, et parfois ce n’est pas très opportun. Notre opportunité (qui signifie le fait de convenir à un cas déterminé, d’être adapté aux circonstances, de venir à propos) se traduit en anglais par "appropriateness".

Opportuniste est toujours péjoratif quand on parle de quelqu’un qui fait passer ses intérêts à court terme avant ses principes. Mais un choix opportuniste peut être une décision judicieuse, prise au bon moment, en fonction des circonstances et des intérêts en jeu, au prix parfois de quelques compromis.

Oppresser : se dit en parlant de la respiration et de ce qui la gêne ; Opprimer se dit de ce qui est soumis à un pouvoir injuste et violent. Mais l’oppression est le substantif d’opprimer, et oppresseur (toujours au masculin quand c'est un nom) se dit de celui qui opprime. L'ajectif oppresseur, oppressive existe aussi. Un régime peut être oppresseur, mais on dit plutôt répressif, et une loi peut être oppressive, mais on dit aussi répressive.

Opprobre : nom masculin (l’opprobre public), noter les deux p et ne pas prononcer ‘eau probe » ou « eau propre », sauf si on s’appelle Bobby Lapointe et que l’on chante les malheurs d’une fille tombée dans « l’opprobre du ruisseau ».

Or : n’est suivi obligatoirement d’une virgule que devant un complément. Exemple : or, un jour, il arriva que…

Ordonnancer, ordonnancement : ne JAMAIS employer ces termes tirés de la langue juridique et comptable à la place de mettre en ordre (mise en ordre), agencer (agencement), disposer (disposition), organiser (organisation), planifier (plan), etc. Ordonnancer signifie d’après le Petit Robert « autoriser le paiement d’une dépense publique après vérification de l’engagement ».

Original : authentique ; inédit (une édition originale) ; singulier ; personnel.

Originel : initial, qui appartient au commencement (le sens originel d’un mot).

Originer ; "Freud origine l’hystérie dans le refoulement d’un trauma … " Pouah ! Pourquoi pas, même si c’est plus long : "Freud place l’origine de l’hystérie dans le refoulement ..." ?

12 janvier 2006 dans O | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)