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Idée reçue : en tête des idées reçues, caracole l’idée selon laquelle les idées reçues sont ineptes, toxiques, fausses et ridicules. À la fois éteignoirs de la pensée, et flaques de boue où pataugent les conversations. Après : « demain, j’arrête la langue de bois », on entend les prescripteurs du bien parler proclamer : « demain j’arrête les idées reçues ». Encore une promesse d’ivrogne, ou une de ces bonnes résolutions rarement tenues au-delà du 10 janvier, le plus souvent oubliées dès le 15 du même mois. D’abord, chasser les idées reçues est une partie d’autant plus difficile que la plupart passent inaperçues ou sont insaisissables. D’ailleurs, essayez de trouver un exemple d’idée reçue, là, tout de suite. Votre cerveau ne répond pas. C’est qu’elles s’y promènent incognito, indélébiles, mais indétectables. Il n’est pas marqué : « attention, idée reçue, danger, à remettre en cause d’urgence ». Bien sûr que non. Tout le monde ne s’appelle pas Flaubert et n’a pas le talent de repérer et de présenter savamment mélangés : bonnes idées vraies mais éculées, fausses évidences, clichés, dérapages du bon sens, affirmations invérifiables, fantasmes « raisonnables », brèves de comptoirs, hypothèses scientifiques non vérifiées, etc. Si on n’y échappe pas, attention cependant à ne pas se laisser étouffer par les idées reçues, qui sont la plupart du temps d’anciennes bonnes idées passées dans le langage commun. Dans les articles et les discours de management, il en faut, mais point trop, et surtout, pas trop usées. Par exemple, évitez la concurrence (toujours plus rude), le changement (toujours plus rapide, plus complexe et plus changeant), la mondialisation (toujours plus mondiale), le coût du travail (toujours plus cher), etc. Il en faut cependant, car sans une ou deux, la pensée ne pourrait pas se reposer, l’attention ne pourrait pas se relâcher, l’argumentation épuiserait votre lecteur ou votre public. En fait, les idées reçues sont les sièges de l’intelligence : elles permettent de se reposer dans un exposé ardu, une démonstration compliquée. Mais gare à l’encombrement ! Si votre salon est bourré de chaises, fauteuils, poufs, canapés, impossible d’y circuler ou d’échanger. Évitez d’empiler des sièges ou des idées reçues à l’entrée de votre salon ou de votre discours, pour ne pas gêner vos invités et vos lecteurs. Mettez juste le nombre nécessaire, pour reposer sans encombrer, pour assurer le confort en gardant éveillé.

Innommable : voir Frankenstein.

Implémenter : c’est mieux de dire ou d’écrire mettre en œuvre, appliquer. Mais les managers s’obstinent année après année à implémenter le changement, d’ailleurs souvent après une période de kick off (= lancement du projet) conduite par le steering committee (comité de pilotage), tout cela bien sûr pour créer de la value.

Incentive : traduire par prime, avantages en nature, rémunération en nature, intéressement, cadeau d’entreprise.

Induire : induire quelqu’un en erreur, c’est le pousser volontairement ou non, par mensonge, omission ou information erronée ou incomplète, à se faire une idée fausse… Enduire quelqu’un d’erreur, c’est le rouler dans une espèce de plâtre, de colle ou autre enduit, jusqu’à ce qu’il en soit couvert par couches épaisses. Comme on voit, ce n’est pas la même chose. Alors n’enduisons personne d’erreur et ne nous laissons pas enduire d'erreur ou d'autre chose …

Industrialisé : participe passé du verbe industrialiser : exploiter industriellement, équiper d’industries… Un pays industrialisé, une économie industrialisée, etc.

Industriel : adjectif, qui se rapporte à l’industrie : activité industrielle, produit industriel, friche industrielle, aliments industriels, zone industrielle, etc.

Industry : le terme anglais se traduit rarement par industrie, mais plutôt par secteur d’activité, branche de l’industrie, filière.

Influer : est moins concret et moins précis qu’influencer. Les deux verbes sont très proches dans ce sens, mais ne se construisent pas de la même manière. Influencer est transitif direct ; influer se construit avec sur (influer sur le cours des choses) qui est lourd et peu gracieux. "On n'a pas encore déterminé si oui ou non la météo influait sur le cours de bourse" (dire plutôt : ... si la météo avait une incidence sur ... ").

Initiation (de mesures) : ce mot, quand il ne signifie pas l'action d'initier à des mystères ou à des rites, est un horrible franglais qui doit se comprendre et être remplacé selon le cas par engagement (de réformes), mise en œuvre, démarrage (d’un programme ou d'un projet) …

Innovation : le Dictionnaire historique de la langue française donne les racines du mot qui emprunte au latin classique innovare, « revenir à » et au bas latin, « renouveler ». Le mot se dit à partir du XVIe siècle d’une chose nouvelle et s’applique spécialement au domaine de l’industrie et des affaires. Si on s’en tient au mot, l’innovation est le résultat d’un changement, d’un renouvellement, d’un recyclage. Les expressions « innovation de rupture » et « innovation incrémentale » devraient donc en toute rigueur être évitées au titre d’oxymores ou de pléonasmes. C’est qu’en affaires ou en entreprise, la nouveauté doit s’adosser sur un usage, un marché, une application, un concept ou un procédé connus. Pas question de sauter à deux pieds dans l’aventure de l’invention pure, il faut pour bien innover cheminer de l’idée au marché en assurant ses prises. Voici des considérations sémantiques qui devraient limiter (ou inspirer) les productions éditoriales sur l’innovation qui s’interrogent sans fin sur la meilleure façon de «créer de la valeur». Les entreprises gagneraient peut-être à limiter leurs prétentions à « gérer l’inventivité » dans des « processus d’innovation » ennuyeux comme la pluie et la plupart du temps infertiles. Une vision plus saine et peut-être plus féconde consisterait sans doute à accepter de perdre de l’argent en permettant à des gens curieux et intelligents de s’amuser. Je vois déjà la tête du directeur de la recherche et développement de la World Company (qui sommeille en chacun de nous) à la lecture de ces lignes. C'est pas encore cette année que je vais me faire embaucher chez Machin, Inc. L’invention, c’est la création de quelque chose de nouveau. L’innovation, c’est l’invention qui rapporte des sous.

Innover : introduire dans quelque chose d’existant ou de connu un élément neuf, par opposition à conserver, copier, imiter. Comme la note précédente le fait remarquer (désolée pour l’insistance), la signification exacte du mot rend redondante l’expression « innover pour améliorer », puisque qu’une innovation est toujours un ajout, une amélioration, une façon de faire du neuf avec du vieux. Si innovation incrémentale est une redondance, innovation de rupture est un oxymore. Mais i faut reconnaître que ces emplois sont nécessaires pour distinguer ce qui se passe dans la production industrielle quand elle ne se vend plus, ou plus aussi bien, qu’elle risque de se banaliser, qu’elle doit se renouveler.

Intégral : complet. Ne pas confondre avec intègre et intégrant.

Intègre : qui ne se laisse pas altérer ni corrompre (au sens figuré), honnête.

Intégré : participe passé du verbe intégrer (en math, trouver l'intégrale d'une quantité différentielle, puis entrer dans une grande école, et par extension entrer ou faire entrer dans un ensemble). Intégrant : qui fait partie d’un ensemble.

Intégralité : désigne la qualité physique de ce qui est complet. J’ai lu votre rapport dans son intégralité.

Intégrité : qualité physique de ce qui est intact (ex. : intégrité corporelle d’une personne après un accident ou une agression) ; qualité morale de quelqu’un d’honnête et de probe et qui a le pouvoir de ne pas l’être tout à fait (homme politique, dirigeant, juge intègres).. Ne pas confondre avec intégralité (voir ce mot). On parlera de l’intégrité physique et morale d’un homme, mais on dira l’intégralité d'un texte (et jamais l’intégralité d'un honnête homme, à moins évidemment qu'il ait été question de le découper en morceau).

Intelligence économique : ici le mot intelligence est un anglicisme, d’ailleurs parfaitement intégré, emprunté au langage des services secrets pour désigner l’activité de renseignement.

Intelligence émotionnelle : souvent désigné par l’acronyme QE (quotient émotionnel), ce concept (où l’intelligence n’a rien à voir avec le renseignement ou la veille économique, ni avec l'intelligence tout court) vient d’un magma de trucs psychologiques et psychiatriques dans lequel l’entreprise (et ses consultants) tire aujourd’hui la majorité de ses nouveaux concepts, après avoir exploité la mine du jargon scientifique… Le QE définit les nouveaux canons de l’excellence organisationnelle, mais ne se définit pas pour autant. Autant dire qu’on met n’importe quoi dans ce concept, qui remplace celui de « charisme », vieillissant et écarté des prescriptions entourant la notion de leadership.

Intensif ou intense : dans intensif, il y a une idée d’effort volontaire qui manque à intense. Mais cette distinction se perd. On entend parler de circulation intensive et cela ne gêne pas grand monde (qui croit peut-être que la circulation fait exprès d’être dense, pour les embêter).

Interface : nom féminin. Au figuré, signifie à la fois le point de contact et le lieu de transit ; être à l’interface d’un client et d’un fournisseur, de l’entreprise et de l’école… être à l’interface d’un projet ( ?) ne veut rien dire de précis, mais peut suggérer qu’on se prend toutes les galères dudit projet…

Intergénérationnel : correct mais moche. Préférer si possible « génération » précédé de la préposition qui convient : les liens entre génération, un conflit de génération, la transmission entre générations, etc.

Interpeller : ici, pour une fois, ce n’est pas le langage de l’entreprise qui contamine, mais c’est lui qui est infecté par une tournure toute faite et prétentieuse très prisée dans les milieux psy. Préférer si possible : intéresser, retenir l’attention, faire rêver, mettre la puce à l’oreille. Cela m’interpelle quelque part : cela me rend perplexe, je ne sais pas quoi en dire, j’aimerais en savoir plus.

Intervenir : verbe intransitif. Ne pas mettre le verbe à toutes les sauces. S’utilise pour exprimer l’idée d’une action pour changer quelque chose, dans une discussion (le président est intervenu pour clore les débats), dans une manifestation publique (la gendarmerie est intervenue), dans un accident (les pompiers sont intervenus), dans une controverse (les artistes sont intervenus contre le projet de loi). Dans le dernier cas, intervenir prend l’idée de « prendre position ». Attention à ne pas utiliser le verbe pour «prendre la parole », « prononcer un discours », « donner un cours », etc. Attention aussi à ne pas dire d’un événement qu’il est intervenu, ce qui n’a pas beaucoup de sens ; dire plutôt qu’il s’est produit, qu’il est arrivé, qu’il est survenu.

Inventer : créer ou découvrir quelque chose de nouveau. On a inventé le téléphone, on a découvert la pénicilline (qui existait déjà dans la nature). Pour être parfaitement déconcertant et dégoûter les amateurs de logique, le français juridique parle de l’inventeur d’un trésor pour désigner celui qui a eu la chance de le découvrir.

Inventer : créer quelque chose de nouveau. Antonio Meucci a inventé le téléphone, Fleming a découvert la pénicilline (qui existait déjà dans la nature).

Invention : voir innovation.

Inventeur : qui crée ou qui découvre quelque chose de nouveau. Pour être parfaitement déconcertant et dégoûter les amateurs de logique, le français juridique parle de l’inventeur d’un trésor pour désigner celui qui a eu la chance de le découvrir (alors que le verbe ne signifie que créer quelque chose de nouveau).

Inversement : sans accent sur le deuxième e.

Investigation : enquête, sondage, étude. Attention, « investiguer » n’existe pas, sauf dans le franglais. Dire examiner, étudier, sonder (un problème), ou faire une enquête (sur un accident, un délit ou un crime).

Investir : un petit problème avec l’utilisation militaire ou militante de ce verbe, qui ne signifie pas envahir ou occuper, mais seulement encercler, cerner, assiéger.

Invoquer : attention à ne pas confondre avec évoquer, surtout que les deux termes sont synonymes dans le sens d’appeler, de faire apparaître par la magie (invoquer les esprits). Mais invoquer signifie 1. appeler par la prière 2. faire appel, avoir recours à – invoquer une loi, un témoignage, un précédent, un argument à l’appui d’une thèse.

Juste-à-temps : nom masculin, noter les traits d’union. Pas de trait d'union si l'expression est utilisée comme adverbe.

Killer app : « C’est quoi ton killer app ? » Si vous ne savez pas répondre à cette question, autant dire que vous êtes fichu. Comment ? Vous ne savez pas que c’est cela qui fait toute la différence ? Vous en êtes toujours à votre facteur clé de succès pour définir votre différenciation ? Pauvre pomme. Killer app vient de killer application, ce qui fait qu’un équipement informatique soft ou hard est in ou out. Par extention, le killer app fait que vous résistez ou non à la concurrence. On est krétin ou on ne l’est pas.

Knickerbockers : un euro à celui qui parvient à placer ce mot dans une présentation Powerpoint.

Knowledge management : encore un exemple de vie et mort d’un concept qui rappelle qu’en management, il ne faut surtout pas s’attacher. Les concepts ont une durée de vie beaucoup plus courte que vous, et de la même façon que ceux qui aiment les chiens vivent avec le deuil de tant de bêtes chéries et mortes de vieillesse, les managers sensibles risquent de pleurer beaucoup pendant leur vie. Il y a quelques années à peine, ce concept à la fois réducteur et totalitaire était censé tout régler dans l’entreprise, à court, long et moyen terme. Et bien bonne chance pour le définir maintenant qu’il est desséché, enterré et remplacé. En management, il n’y a pas que les modes qui ont la vie courte. Des 5000 plus grandes entreprises en exercice aux États-Unis en 1982, seulement 35 % subsistent (comme entité indépendante) à peine 15 ans plus tard (source : Critical Mass, Philip Ball, Arrow Books, 2005).

Krach : cette graphie (avec un k) s’impose pour parler d’une débâcle des cours de la Bourse. Pour l’écrasement au sol d’un avion, ou pour le plantage du disque dur, on utilise « crash ».

12 janvier 2006 dans I | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)