Débouler : se dit joliment à la bourse ou sur les marchés ; quand on parle de débouler sa position, on veut dire réaliser des gains à la vente ou à l’achat d’actifs financiers.
Débriefer, débriefing : ces mots se sont fort bien intégrés en français (on note l'accent). C’est curieux, malgré l’usage répandu et attesté de ces expressions, des managers qui ne se gênent pourtant pas pour employer task force, teamwork, workshop et d’autres mots horribles qui ont d’excellents équivalents français, ces mêmes managers s’obstinent à contourner débriefing et à parler d’entretien de restitution, d’échange ou de partage de ressentis, et autres expressions nunuches.
Décideur, décideuse : le mot est attesté dans les dictionnaires, mais son utilisation semble coincée dans un tout petit cercle (celui des décideurs, justement, ou des directions de communication) ; ne s’utilise pas à la machine à café, ou alors employé par dérision, moins pour désigner quelqu’un qui a un pouvoir discrétionnaire que quelqu’un qui s’y croit. Éviter de l’employer comme nom. Dirigeant est beaucoup plus usité. Mais ne se rencontre pas souvent au féminin, faute simplement d’effectifs de dirigeantes, car cela se dit parfaitement. En revanche, ne pas hésiter à utiliser décideur ou décideuse comme adjectif ou décidément comme adverbe.
Décompter ou compter : attention, les deux mots ne veulent pas dire la même chose. Décompter signifier déduire, soustraire d’un total. Compter, c’est faire le compte, dénombrer… Quand on compte ses effectifs, on ne les décompte pas forcément.
Dédier, dédicacer : un auteur dédie son ouvrage à quelqu’un par une dédicace imprimée (sur la première page du livre, sur la pochette du disque, etc.). Si l’inscription est manuscrite, il dédicace son ouvrage à un ami, un lecteur fidèle, un fan, etc. On dit aussi : dédier ses efforts, sa peine à quelque chose, comme synonyme de "consacrer, vouer, donner, offrir, dévouer". On est parfois surpris , comme Dominique Michel, de rencontrer des « espaces dédiés à la musique » au lieu d’y être simplement consacrés, ou des caisses de supermarché « dédiées » à tels ou tels clients. Et pourquoi pas des caisses dédicacées, tant qu'on y est ? Ecrire « destinées à » ou « réservées à » ou « conçues spécialement pour » ou « spéciales pour « …. Cet usage très discutable de « dédier » est tellement moderne, sacralisant le commerce. Il nous vient sans doute à la fois de l’anglais dedicated et de l’informatique. Evitez, évitez si vous le pouvez.
Dédoubler : voir doubler plus bas sur la même page.
Démontrer : prouver, argumenter, aboutir à une conclusion par un raisonnement actif. On l’emploie souvent à tort pour gonfler le sens de montrer, qui signifie dans le même contexte le fait de révéler un fait, de le mettre en lumière, sans nécessairement aboutir à une conclusion ou à un plan d’action. Comparer : « le chef de projet a démontré la nécessité d’allonger le budget » et « le chef de projet a montré toutes les difficultés de la réglementation concernant le respect des dates de livraison ».
Démultiplier : certains utilisent ce verbe à la place de multiplier. Pourquoi ? Pour en faire plus? C’est surtout en faire moins en ce qui concerne la langue et le sens, et en faire trop en ce qui concerne la communication. L'erreur vient sans doute de la confusion avec le mot décupler, qui signifie multiplier par dix et par extension, augmenter considérablement. Démultiplier, c’est réduire la vitesse d’un mouvement transmis (comme dans un moteur). Au figuré, cela veut dire augmenter les effets en multipliant les moyens employés. Ce qui ne signifie pas forcément augmenter l’efficacité. Voir aussi emploi abusif et abscons de dédoubler…
Aux dépens de : toujours au pluriel. « Aux dépends de » n’existe pas.
Délivrable, livrable : employés comme substantifs (au masculin), sans doute empruntés à l’anglais delivery, action de livrer, de produire, d’émettre, de fournir. Pour ne pas fâcher l’Académie française, et surtout pour se faire comprendre, on évite la tournure si on peut et on essaie selon le cas production, prestation, livraison, émission, fourniture, etc.
Développement durable : les deux mots sont en train de se fondre dans l’expression brûlante d’actualité médiatique et politique. En espérant que cela n’est pas un feu de paille. Du point de vue sémantique, l’expression me pose de petits problèmes. Que serait par exemple un développement qui ne serait pas durable ? Du développement provisoire ? temporaire ? transitoire ? précaire, réversible ? Des relents de pléonasme embrument le concept et son expression.
Développer : quand on développe une théorie, un argument, un plan, ou sa pensée, on l’expose en détail, on l’étend, on l’étaye et on l’élargit. Ne pas employer ce mot au sens d’élaborer, d’établir, de préparer un plan, un argumentaire, etc.
Dilutif : se dit en finance de ce qui diminue le bénéfice net par action (effet dilutif d’une augmentation de capital). Réserver ce mot pour les textes techniques ou savants.
Discret : le mot peut signifier « réservé, délicat » comme il peut signifier « séparé, discontinu ». Attention, l’anglais distingue les deux sens par deux mots différents : discreet dans le premier sens, discrete dans le second.
Diversité : son évocation dans les discours politiques ou les présentations de manager a le singulier pouvoir de faire rentrer sous terre toute velléité de différence. La diversité est un nom commun de la conformité.
Doubler ou dédoubler ? doubler, c’est rendre double. « doubler le chiffre d’affaires ». Dédoubler, c’est partager en deux. Ne pas dire que l’on a dédoublé ses bénéfices pour signifier qu’on les a multipliés par deux. La confusion vient sans doute de l’usage de « dédoubler un train » = en faire partir deux, notamment en cas d'affluence de passagers.
Downloader : télécharger, copier, pirater.
Downsizer : ouf, encore un mot que l’on rencontre de moins en moins souvent. Bon débarras. On peut toujours traduire par réduire la voilure. Tailler dans la mauvaise graisse a un certain succès, mais n’est absolument pas recommandable si vous voulez faire carrière dans la fonction publique. Restructurer a pris définitivement le sens sinistre qu’on lui accole désormais, à tel point qu’on ne peut plus parler d’euphémisme.
Dress code : encore un exemple d’expression anglaise employée par euphémisme. En français, code vestimentaire est compris comme uniforme, alors qu’en utilisant dress code, personne ne semble se compromettre. Pfff.
Dû : participe passé de devoir ; déclinaison spéciale et déconcertante : dû, due, dus, dues.
Durable : pour traduire en anglais l’expression développement durable, utiliser « sustainable » et non pas « lasting ». Certains mots ont de ces destins sémantiques. On souhaite à durable de durer.
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