Cacique : n.m, se dit d’un hiérarque (vieux chef, personnage important d’une hiérarchie, surtout politique). Se dit également du major du concours d’entrée à l’École normale supérieure, et par extension de tout concours. Aujourd’hui, on dit éléphant.
Call-center : centre d’appel. Les call-girls ne travaillent pas dans des call-centers.
Capable de : ou susceptible de ? Capable exprime le pouvoir de faire une action : Cet homme est capable de tout. Tandis que susceptible exprime la possibilité de subir quelque chose : cet enfant est susceptible de s’ennuyer. Capable exprime aussi une capacité permanente : le service est capable de traiter 10 000 demandes par jour. Susceptible s’emploie pour parler d’une possibilité occasionnelle : elle est susceptible de travailler dans un autre service.
Capacité : en français, on désigne ainsi la propriété de contenir quelque chose, et au figuré la puissance de faire quelque chose. Capacité de produire, d’apprendre. Capacité de travail. Attention à l’anglais « capacity » qui parfois se traduit mieux par aptitude, faculté, mérite, talent, valeur.
Capturer des proies ou des prisonniers, voire un navire ; mais au sens figuré, éviter les captures incongrues et écrire capter l’intérêt, l’attention ou la confiance, conquérir ou gagner des parts de marché, de nouveaux clients...
Censé : voir « sensé » si hésitation. Censé vient du verbe « censer », mot défunt qui signifiait estimer, juger. Censé est toujours suivi d’un infinitif (rarement sous-entendu) : il est censé (être) à Paris ; elle est censée connaître le règlement. Pas de « de » avant l’infinitif. Sensé signifie simplement doué de bon sens.
Challenge : se dit très bien, malgré les cris des puristes qui le dénoncent comme anglicisme, dans le sens d’une entreprise difficile dans laquelle on se lance pour gagner, comme par défi. Exploit, gageure, performance. Le mot anglais vient d’ailleurs du français.
Mais éviter de challenger quelqu’un ou quelque chose, au lieu de mettre au défi (une personne, une équipe), concurrencer (quelqu’un ou un projet) ou mettre en cause une idée…
Changement : attention aux clichés véhiculés subrepticement par ce concept : changement du changement (avant, bien sûr, les choses changeaient, mais c’était en somme toujours la même chose : aujourd’hui, ce n’est plus pareil) ; dramatisation du changement (avant, les choses changeaient, mais ce n’était pas si grave que cela : aujourd’hui, le changement est brutal, chaotique, destructeur) ; complexification du changement (avant, les choses changeaient, mais tout restait simple, accessible : aujourd’hui, le changement est devenu un vrai casse-tête) ; continuité du changement (avant, les choses changeaient de temps en temps : aujourd’hui on n’a plus jamais la paix) ; accélération du changement (avant, les choses changeaient, mais tout doucement , on avait le temps de s’y habituer : aujourd’hui, tout change à toute vitesse). Etc. Quand vous relisez un paragraphe que vous avez commencé à écrire par des considérations générales sur le changement, n’hésitez pas à le biffer et vous verrez comme vous y gagnerez en légèreté et limpidité. D’autres concepts se prêtent à des généralités aussi ineptes : concurrence (toujours plus rude), complexité (tout se complique), météorologie (les saisons ne sont plus ce qu’elles étaient), mondialisation et globalisation ( toujours plus mondiale ou plus globale, de plus en plus pleines de défis, d’opportunités ou de menaces selon l’interlocuteur).
Chairman of the board : l’anglais ou l’américain se traduit par "président du conseil d’administration". Chief Executive Officer est l'équivalent du directeur général (remarquer l’absence de majuscule en français). Président-directeur général (remarquer la place du trait d’union) se traduit par "chairman" et CEO (les fonctions sont apparemment moins souvent dissociées qu'en Europe).
Chiffre : éviter de commencer une phrase par un chiffre arabe. Au lieu de « 35 % des Français voteront X aux prochaines élections » écrire : « Plus d’un tiers des Français ». Au lieu de « 20 % de chiffre d’affaires …», écrire « Une augmentation (ou une part, une diminution, etc.) de 20 % du chiffre d’affaires…» Tournez, tournez la phrase, il y a toujours moyen de la commencer autrement (comme Beaux yeux d’amour Marquise me font mourir).
Avant une unité de mesure ou un symbole, écrire les chiffres en chiffres arabes (12 m, 360 °, 120 l, 260 €). En-dessous d'une dizaine d'éments, écrire les chiffres en toutes lettres : quatre vaches, trois hommes, cinq fleurs : mais un contingent de 10 000 hommes, un effectif de 30 000 salariés, un PME comptant 120 personnes, etc.
Circonscrire : délimiter (un espace), cerner (un sujet). Ne pas confondre avec circoncire, cela fait mal.
Clé : éviter d’en mettre partout. Une idée, un facteur, un élément clé peut aussi être central, critique, crucial, essentiel, fondamental, déterminant. Pour le facteur clé de succès, rendez-vous à killer app.
Client : certaines directions de communications mal avisées essaient depuis quelques années de mettre ce mot partout et de faire disparaître usager, consommateur, utilisateur, passager, etc. Sans doute pour pouvoir étaler plus commodément la tarte à la crème du « client roi », parler plus onctueusement de satisfaction ou de relation client, et tartiner d’excellence commerciale n’importe quelle offre … Maintenant, on est plus usager de la RATP, (ou voyageur de la SNCF) mais client… Comme si on avait le choix du transport public pour se rendre dans des endroits improbables de la région parisienne, par exemple. Quand je me sers d’un verre d’eau au robinet, je suis maintenant « cliente » de la Lyonnaise des Eaux ou de Veolia, comme si je pouvais choisir ma pompe si l’envie m’en prenait. J’ai même entendu parler d’un projet de remplacer le mot contribuable par l’expression client du service des contributions… Non seulement le client est celui qui paie, mais aussi celui qui décide ; il est censé être libre d’aller voir ailleurs, de définir lui-même le niveau de sa satisfaction ou de se passer du service proposé (c’est pourquoi on n’est jamais client d’un médecin, mais son patient) …
En anglais, où l’on apprend souvent autre chose sur notre langue que le sabir prétentieux des écoles de commerce françaises, je suis parfois « customer » (quand je fréquente une magasin, quand je vais à la banque ou chez le coiffeur), « client », quand je m’adresse à un avocat, « guest » ou « patron », quand je vais à l’hôtel, « passenger » quand je suis dans le taxi qui m’y mène, etc.
Petit truc : My company deals mainly with firms : nos clients sont essentiellement des entreprises ("nous sommes dans le B to B", comme on dirait aujourd’hui, ne pas confondre avec B & B).
Concurrence / compétitivité : attention quand on traduit l’anglais competition, (competitor, competitive, et autres dérivés). Concurrence, concurrent, concurrentiel traduisent l’idée de rivalité et des rapports qui peuvent exister entre rivaux. Compétition, compétitif, et compétitivité traduisent l’idée, proche de la précédente, « qui peut supporter la comparaison ou la concurrence ».
Dire avantage concurrentiel, prix compétitif, concurrence déloyale, etc.
Marché compétitif : où la concurrence est possible.
Marché concurrentiel : où la concurrence s’exerce (la distinction est mince, de toute façon l’anglais utilise toujours competitive market).
Conjecture : hypothèse, supposition, prévision, par opposition à certitude, conviction, évidence. Ne pas confondre avec conjoncture.
Conjoncture : en économie, état, situation qui résulte d’un ensemble de circonstances. Par opposition à « état structurel » (durable). État de la conjoncture est un pléonasme vieux et vieilli. Par souci d'euphonie, évitez aussi "les conjectures sur la conjoncture".
Confiance : toujours en crise (comme les repères, toujours perdus). Crise de la confiance, perte des repères, lieux communs du politiquement correct.
Véritable marronnier des revues de management et des préoccupations des managers. Marronnier est un terme employé dans la presse pour désigner les sujets qui reviennent régulièrement en une des journaux ou en couverture des magazines. Parce qu’ils ne sont jamais épuisés et parce qu’ils garantissent un chiffre de ventes élevé au numéro. Marronnier type : le salaire des cadres, le régime avant l’été, le mal de dos, comment payer moins d’impôts. On n’échappe pas au marronnier. Pas plus qu’à la crise de la confiance, régulièrement sujet ou titre de conférence, de table ronde, de grandes messes patronales ou syndicales. La confiance, capter la confiance, la donner, en avoir ou pas, faire ou ne pas faire confiance, gros marronnier à l’ombre duquel palabrent philosophes, capitalistes, gourous en management, conseillers en communication...
Pour les dirigeants, il s’agit toujours de donner confiance et de solliciter du peuple des dirigés (salariés, actionnaires minoritaires, clients et sous-traitants) qu’il fasse confiance. Pour les clients, c’est avoir confiance qui pose problème. Les salariés aimeraient qu’on leur fasse plus confiance et en recevoir des preuves de la part de ceux à qui ils sont censés faire confiance. Ce n’est pas toujours gagné...
Consistant : on dit bien d’un plat ou d’un repas qu’il est consistant, comme d’une idée ou d’une argumentation. Mais attention en traduisant l’anglais « consistency » de ne pas confondre consistance et cohérence.
Considérer : considérer le pour et le contre, considérer une chose sous tous ses aspects ; considérer un point ; considérer la situation (l’étudier pour la prendre en compte ultérieurement). Mais éviter de considérer un problème quand il s’agit simplement de l’examiner ou de considérer un mouvement s’il s’agit de l’envisager (bref, méfiez-vous de la fausse proximité de l’anglais consider).
Consolider : on consolide des comptes ou des bilans, mais on concentre un secteur, on renforce des activités ou des compétences.
Construction : quelques traductions glanées ici et là
Design Department : bureaux techniques
Tunnels : travaux souterrains
Roads / Bridges : ouvrage d’art
Earth Moving : terrassement
Dam : barrage
Harbours & Coastals : TMF
Concrete road : chaussée béton
Heavy Concrete ; grands ouvrages béton
Process : bâtiment industriel
Convaincu : on est convaincu de quelque chose, éventuellement par quelqu’un ou par quelque chose (un fait, un événement). Je suis convaincu de son innocence. Je suis convaincu par les arguments de la défense. Ne pas écrire comme dans cette phrase ridicule : « Paradigme omniprésent dans un échiquier concurrentiel mondial, la capacité d'innovation revêt une importance capitale pour la stratégie des entreprises. Convaincus PAR l'importance de cette mutation, X,XX,XXX s'engagent dans une stratégie d'innovation ambitieuse..... » (transmis par Dominique Michel)
Conviction : dans les plaquettes en quadrichromie, et hélas aujourd’hui de plus en plus sur des sites web et même dans des blogs d’entreprise, les convictions s’étalent. Pas toujours convaincantes, les grandes convictions. Il faut bien relire les déclarations des communicants et sabrer sans état d’âmes les convictions fondées sur :
1. … des évidences (notre engagement repose sur la conviction que l’avenir se décide aujourd’hui – et pourquoi pas que la terre tourne ?).
2. des principes d’éthique élémentaire, qu’un gamin de maternelle petite section a déjà intégrés (nous sommes convaincus que le respect du client est au fondement de la qualité de notre relation – ben ça alors !)
3. des grandes phrases – « le principal, ce sont les hommes » : déjà dit, notamment par Staline, ce grand bienfaiteur de l’humanité.
4. le galimatia : « Notre réussite se fonde la concertation de tous les acteurs permettant d'obtenir un consensus pour conjuguer leurs efforts vers un objectif commun ». Je ne l’ai pas inventé.
5. Les déclarations inspirées: « Nous voulons adopter une stratégie de leader avec une mentalité de challenger » (je ne l’ai pas inventé non plus).
Customiser est affreux, utiliser adapter, mettre à mesure, faire sur mesure…
Core business se traduit par cœur de métier, métier historique …
Cost killer : aime mieux se dire en anglais. Tournez la phrase ou tirez-vous.
Création de valeur : grand concept vague apparu dans les années 90 et diffusé avec une grande rapidité. Ingrédient incontournable de la langue de bois. Éviter de le mettre à toutes les sauces. Mot très utile quand on relit son texte, car il signale aussi clairement que des panneaux routiers « ici, travaux ! Attention, accotements non stabilisés ! Sables mouvants : dégagez, j’ai rien à dire et il n’y a rien à penser ! » C’est la minute sacrifiée aux rituels de la communication managériale. Un bon conseil maintes fois éprouvé : supprimez tout le passage dans lequel vous parlez de création de valeur pour gagner en profondeur et en légèreté.
Croire à ou croire en : dans les formules de politesse pour conclure une lettre, faut-il écrire croire à (mes sentiments respectueux, mes sincères salutations, ma considération la plus haute, etc.) ou croire en (les mêmes choses). Il semble que la formule « croire en » soit plus appuyée, marque une profondeur, un abandon du sentiment plus complet. Dans la correspondance, le moins vaut le mieux, il faut à mon avis préférer croire à.
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