Raconting : se dit aussi storytelling, dans le jargon des communicants. Méthode de management apparue vers 2000, qui a beaucoup fait couler d’encre, mais assez curieusement, ne semble pas avoir « pris ». Il faut dire que le concept est un peu vaseux. Le raconting vient du « storytelling » qui, selon certains journalistes, essayistes et gourous américains du management, aurait mis la communication dans tous ses états. Mesdames, Messieurs, le reporting est mort, vive le raconting. C’est bien connus, chiffres, données, faits ennuient ; ce qu’il faut pour convaincre, ce ne sont moins des arguments que des histoires. Un leader ne fait pas de rapport ; un leader raconte une image, une légende, un mythe …
Très séduisant, certes, mais n’est-ce pas un peu prendre ses désirs pour des réalités ? Ou plutôt, chacun sait que la réalité embête. On ne prend pas les mouches avec du vinaigre. Donc, pour convaincre, pour séduire, embobinons les chalands avec le miel d’un bon récit.
Deux remarques :
- la tension narrative dans un rapport, même sur le sujet le plus rébarbatif à première vue, est l’abc de la communication. Depuis la nuit des temps. Comme le ferait remarquer Alexandre Vialatte, l’histoire remonte à la plus haute Antiquité (désolée, j’adore cette phrase). Le raconting me fait rigoler, vous vous en doutez, n’empêche que lorsque je travaille sur un rapport ou sur un article soumis par un client, je commence d’abord et toujours par chercher la « séquence narrative » (constat, complication, question et message clé). Et si je ne la trouve pas, et bien je l’invente. Avant moi, et après, des milliers de « plumes » et de conseillers en communication ont fait et feront la même chose. Le raconting n’a donc rien inventé, hormis le ridicule du terme.
- Prendre son public pour un panier de poires est dangereux. La manipulation, surtout en politique, est à double tranchant. Celui qui raconte une histoire peut se prendre à son propre jeu. En revanche, celui qui l’écoute peut se dépêtrer des intentions pas toujours avouables, ou avouées. Dans certains domaines, en particulier le domaine politique, il faut des arrières solides, les sacs de sable des données, des chiffres, des faits. La conviction seule ne suffit pas à étayer des raisonnements ou des histoires. Il faut pouvoir coltiner les arguments avec la réalité sans risquer de les pulvériser au premier contact.
Néanmoins, il faut bien admettre qu’un « I have a dream… » est bien plus intéressant que l’annonce d’un programme «réduction de coûts, augmentation du chiffre d’affaires et intéressement».
N’empêche que j’ai admiré le film de Al Gore, d’autant que sa présentation des changements climatiques est « chiante » en langage de communicant : insistance, démonstration, complication, lourdeur … Je me demande pourquoi les écolos avec les mêmes arguments, les mêmes analyses, les mêmes faits n’ont jamais réussi la percée qu’ils attendaient, au moins sur le plan électoral. Mais l’histoire qu’ils racontent n’est pas celle des gens qu’ils essayent de convaincre. Tandis que Al Gore réussit à tenir en haleine son public que justement il n’essaie pas de persuader par la conviction, mais par la présentation des faits. A méditer.
Se rappeler : je me souviens que les profs de français insistaient beaucoup sur une savante distinction entre se rappeler et se souvenir, mais je ne me le rappelle pas. Ah, si. On se souvient de quelque chose et on se le rappelle. Je veux dire on se rappelle quelque chose, pas de quelque chose.
S’en rapporter à quelqu’un : se fier à quelqu’un. Ne pas utilisez pour se reporter à qui signifie se référer à, chercher un appui, une preuve, une démonstration dans quelque chose.
Re - : chercher et rechercher, grouper et regrouper, entrer et rentrer, etc. On abuse peut-être un peu du préfixe, l’usage des verbes simples semblant disparaître. Comparez : chercher un compromis et rechercher un compromis. Chercher, c’est essayer de trouver et ce verbe simple suffit le plus souvent. Rechercher comporte une idée de difficulté, d’effort, d’intensité, de gravité, voire d’urgence. Trop d’urgence tue l’urgence, alors ne l’utilisez qu’avec parcimonie, si vous ne voulez pas glisser dans l’insignifiance de la gonflette. La même remarque pour les autres verbes qui s’habillent trop souvent du préfixe re-.
Réaliser : l’expression (réaliser un but) est incorrecte. Il faut dire atteindre son but ou ses objectifs. Le sens anglais (se rendre compte de, se faire une idée nette) n’est pas non plus reconnu en français. D’après Hanse, il a pourtant d’excellents répondants (Gide, Mauriac, etc.). Réaliser : s’effectuer, devenir réel. Ses prédictions se sont réalisées. Signifie aussi accomplir pleinement sa nature, son idéal.
Recouvrir : ne pas confondre ce verbe avec recouvrer dans l’expression par exemple : l’entreprise a recouvré la rentabilité (a renoué avec la rentabilité, a retrouvé la rentabilité). Souvent, on voit l’utilisation fautive de « a recouvert ».
Repaire, repère : un repaire de brigands ou de serpents ; un repère pour s’y retrouver dans un ensemble d’objets, de lieux, de dates, de concepts, etc. Vous allez rire mais la confusion se rencontre. Dans un texte de consultant, c’est insultant.
Repère : on en manque toujours (je crois que le lieu commun est déjà répertorié dans Bouvard et Pécuchet).
Reporting : le sens anglais de faire des rapports à des supérieurs hiérarchiques ou d’être sous les ordres de quelqu’un n’a pas d’équivalent français direct. Rapporter se dit et s’écrit, mais l’usage n’est pas attesté par le Petit Robert et les puristes rechignent à l’employer. Je crois néanmoins que le terme est parfaitement compris. On parle également de rattachement, de se rattacher à ou d’être rattaché à.
En revanche, j’ai des difficultés à traduire le substantif. Communication est trop vague pour le fait de rendre des comptes.
Quelques essais de traduction du verbe ou du nom :
He reports to the board : il dépend directement du comité d’administration
They report to me : ils sont sous mes ordres
They will report it : ils feront leur rapport, ils le signaleront (aux autorités).
He will be reported to the boss : son comportement sera signalé au patron.
Reporting restrictions : embargo (dans la presse).
The reporting is not transparent in this company : les lignes hiérarchiques ne sont pas claires dans cette entreprise.
Résidant : quelqu’un qui habite un endroit, quelle que soit son origine : les résidants de la région parisienne. Pour lever la confusion avec résident, ou s’épargner des hésitations, on peut essayer de remplacer par habitant.
Résident : quelqu’un qui habite dans un autre pays que son pays d’origine : les résidents belges en France.
Résilience : capacité à vivre, à se développer en surmontant l’adversité, les traumatismes. Concept de la psychologie réinventé par le management. Ce n’est pas une raison pour enfler le sens de n’importe quoi.
Résigner : s’emploie transitivement, dans l’expression résigner ses fonctions qui signifie se démettre volontairement, démissionner, renoncer à ses fonctions. Se résigner à : accepter, se résoudre à quelque chose de désagréable.
Résilier : mettre fin à (un contrat), annuler (un accord, un engagement).
Résoudre : verbe à la conjugaison bizarre. « Résolu » est le participe passé du verbe résoudre signifiant « déterminer, décider, arrêter une solution». La forme « résous, résoute » s’utilise (rarement) en parlant d’une chose transformée en une autre, du crachin, par exemple, qui s’est résous en pluie. Vous pouvez aller le vérifier dans le Grevisse, résoudre a l’air d’être un sacré numéro (article n° 1607 du Bon Usage).
Ressortir : se conjugue comme sortir et signifie tout simplement sortir de nouveau, par extension, faire saillie, se dégager et au figuré apparaître comme une conséquence. Il ressort (ou est ressorti) de la réunion un plan d’action en trois points. Ne pas confondre avec ressortir à, verbe qui se conjugue comme finir, et qui signifie dépendre de, relever de, être de la compétence de. Cette décision est du ressort du comité de direction, ou ressortit au comité de direction.
Revue : (pour traduire le mot anglais « review »), ne pas utiliser revue pour passage en revue, critique, examen, contrôle, vérification… On ne fait pas la revue des comptes, mais on les vérifie.
Risquer : ne pas utiliser à la place de « avoir des chances de ». La décision risque de provoquer la rupture des négociations, et non « la décision a des chances de provoquer »… En français, le risque est toujours associé à quelque chose de fâcheux, il faut s’y faire plutôt que le nier. Vouloir instaurer une « culture du risque » est un non sens sémantique. Il vaut mieux parler d’une culture de l’initiative, de l’exploration, etc.
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