Langue de bois : planches de salut. Il y a deux sortes de causes : les causes perdues, et les causes toutes trouvées. Comme leur nom l’indique, les causes perdues égarent souvent ceux qui les enfourchent. En revanche, les causes trouvées mènent loin ceux qui s’en emparent : s’indigner contre l’inégalité, vitupérer contre la pauvreté, s’insurger contre la souffrance, cela donne une contenance, des points pour la carrière, et un label de qualité humaine fort apprécié aujourd’hui.
Parmi les causes trouvées, je me demande s’il ne faut pas ranger la dénonciation de la langue de bois. En finir avec les discours tout faits de l’idéologie, qu’elle soit politique, patronale ou syndicale, la volonté est générale. Au feu les formules stéréotypées, les évidences pompeuses, les affirmations qui n’engagent personne, en tous cas pas celui qui les énonce. Faussement savante, empestant l’idéologie, acculée au faux fuyant, la langue de bois fait l’unanimité contre elle : ceux qui l’emploie sentent combien elle les décrédibilise ; ceux qui l’écoutent se désolent du sentiment d’être pris pour des poires. Il faut vraiment être naïf ou cynique pour y croire ou faire semblant. La bonne publicité d’ailleurs fuit la langue de bois comme la peste, preuve de l’habilité des agences de communication. Le management n’a pas ce bon sens, et donne tous les jours des raisons de s’indigner, ou de rigoler, à la machine à café.
La question n’est pas « qui aime la langue de bois ? ». Mais « qui peut s’en passer ? ». Et comment ? Tout le monde n’est pas Winston Churchill en 1940 qui promettait à ses compatriotes du « sang, de la sueur et des larmes ». Ni cette dame qui prétendait appeler un chat une sale bête.
Dans l’incapacité de répondre à ces deux questions, voici quelques remarques sur les difficultés du discours à nouer pensée, réalité et position hiérarchique. Quitte à glisser dans la défense de la langue de bois, et à m’égarer dans une nouvelle cause perdue…
1. La langue de bois est un bon indicateur d’enlisement de la pensée : dans les sables mouvants de la contradiction, de l’imprécision, de l’incohérence et de l’inconsistance, au lieu de se mettre à bafouiller, à bégayer, ou de se taire tout simplement, le « décideur » qui forcément ne pense pas TOUT ce qu’il dit, s’accroche à la langue de bois comme à une planche et se sort du mauvais pas. Phrases toutes faites, euphémismes qui ne fâchent personne, lieux communs qui n’engagent pas nous indiquent ainsi clairement l’absence de pensée critique et nous signalent que nous pouvons décrocher notre attention ou mettre en difficulté notre interlocuteur (ce que curieusement, nous faisons rarement).
2. Notre capacité à TOUS de nier la réalité est une des racines les plus inextirpables de la langue de bois. Celle-ci n’est pas le fait seulement de celui qui la prononce, mais également de celui qui l’écoute. Or les faits sont beaucoup plus souvent contestés que les affirmations péremptoires. La langue devient de bois quand elle se déverse dans une oreille dure comme l’ébène.
3. Brouillard des signification, brume des interprétations, confusion, et tentation de laisser tout dans l‘indifférenciation : le langage est la possibilité du mensonge. La réalité nous ramène à la table du jeu, sauf quand l’idéologie s’en mêle. Alors tout devient affaire de discours. L’idéologie parle la même langue, quels que soient l’endroit et l’époque où on la parle : déni de la réalité, sornettes et compagnie. Encore une fois, la langue de bois nous sert de panneau indicateur. Pas pour nous mener à la vérité, mais pour nous prévenir du danger…
4. L’agacement que provoque la langue de bois est la réaction allergique de notre esprit face à l’idéologie. Personne n’est vraiment à l’abri de la langue de bois, mais personne n’en est vraiment la dupe. Le problème, c’est qu’en même temps qu’elle nous immunise contre l’idéologie, elle nous contamine : on parle difficilement une autre langue une fois qu’on l’a entendue.
5. La langue de bois est une langue de petit chef. Les grands commandants l’utilisent rarement, sauf évidemment quand ils parlent idéologie. Mails malheur aux petits : hors la langue de bois, point de salut. Toute utilisation de la langue commune dans l’exercice de leur autorité leur sera éternellement reprochée (cf. racaille, karcher, etc.).
Largesse : au pluriel, les largesses faites par quelqu’un sont les dons généreux qu’il fait de ses richesses (ou de celles des autres). Au singulier, le mot désigne la générosité et la munificence, ou la disposition à être généreux. Attention à la confusion avec largeur.
Largeur : faire des largeurs, c’est nager dans le sens du petit côté de la piscine (au lieu de faire des longueurs). Rien à voir donc avec faire des largesses. Au figuré, la largeur (et évidemment pas la largesse) est le contraire de l’étroitesse (d’esprit ou de vue).
Leadership : fonction, position de leader, et par extension, position dominante. Le leadership d’un parti, d’une entreprise, d’un pays. Renforcer, perdre son leadership.
Alors qu’aujourd’hui, toute affirmation d’autorité est automatiquement dénoncée et ridiculisée, la notion même de leadership semble aller de soi. Personne ne la remet jamais en cause, mais on se donne rarement la peine d'en définir le terme.
Pourquoi les tentatives de traduction échouent-elles en français ? C’est que le leadership est un vrai concept, contrairement à des termes tels team ou task force qui ont leur équivalent en bon vieux français. Mais quels sont les contours de ce concept ?
Un leader est quelqu’un qui a la capacité de se faire écouter, d’imposer son point de vue, de mobiliser ceux qui l’entourent. Dans les grandes figures politiques du leadership, on trouve des personnalité comme Gandhi, mais aussi des gens très peu recommandables comme Hitler. Il s’agit d’une qualité éminemment personnelle : contrairement à l’autorité, elle n’est pas attachée à la fonction, mais bien à une personne.
La sociologie française, qui étudie tous les rapports humains sous l’angle de la domination, a contaminé les autres sciences humaines, à commencer par le management. Or il faut penser le leadership autrement qu'en termes de rapport dominant-dominé : quelqu’un en position de force n’est pas nécessairement un leader. Un leader n’est pas forcément quelqu’un au faîte du pouvoir. Certes, un leader déchu (ils finissent souvent mal) a perdu tout pouvoir, donc le leadership est certainement attaché au statut, à l’influence ou à la prise de pouvoir. Mais pas seulement, ni simplement.
Le leadership est aussi une affaire de séduction, de « charisme », comme on disait encore il y a quelques années. Sur ce point, il s’oppose à l’autorité.
Le leadership est à double-tranchant : certes il permet à une entreprise de bouger, mais il complique son organisation. On préfèrerait sans doute que le pouvoir s’exerce dans les limites bien définies d’un appareil, où les fonctions priment sur les personnes. Mais le leadership bouscule tout cela. Tant pis s’il s’exerce dans de mauvaises mains. L’autorité peut également tomber sur des gens mal intentionnés. Mais l’autorité ne dépend pas directement des qualités de celui qui la détient, elle lui a été décernée par d’autres, et elle exige des titres, des fonctions. Le leadership s'en passe. Personne n'écrit "leader" sur sa carte de visite, ou sur sa porte.
Un grand débat dure : le leadership est-il inné ou s’acquiert-il comme n’importe quelle autre compétence professionnelle ? Les consultants vous assurent qu’il s’acquiert et se proposent d’ailleurs de vous le vendre. Les leaders eux-mêmes sont partagés : il s’agit pour eux d’une qualité qu’ils ne peuvent pas définir, mais qui se travaille, et dont ils peuvent dénombrer les exigences : courage, énergie, patience, ténacité, communication et travail de tous les instants afin de convaincre, pousser, passionner… Pour l’aider dans ce travail, le leader peut très utilement s’entourer de conseillers. Mais en définitive le leader est tout seul.
Lister : beaucoup plus court et plus pratique que « établir une liste de ». Emploi critiqué, mais qui finira sans doute par s’imposer. En attendant, on peut aussi utiliser dénombrer, recenser, inventorier…
Loyal : (voir fidèle) en amour comme en affaires, laissez la loyauté aux Anglais et soyez fidèles si cela vous plaît.
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