Background : prononcé par un Français, le mot donne l’impression que ce dernier est enrhumé. Apparemment, la difficulté de prononciation n’empêche pas le terme anglais d’être utilisé, il est sans doute plus chic et moins gênant quand on veut parler de l’origine de quelqu’un, de son milieu familial et social ou de sa formation. Les managers ont une fâcheuse tendance à utiliser l’anglais pour aseptiser le langage de certains embarras et de gênes sociales. Pour faire du bon fromage, rien ne remplace pourtant le lait cru, et surtout pas le lait UHT bourré d’additifs. Quand on parle de quelqu’un et que l’on désire évoquer ses origines ou son milieu, utiliser des périphrases (sa formation, son milieu d'origine, son histoire, etc.) plutôt que des entourloupettes lexicales ; et quand il s’agit d’un événement ou d’une institution, dire contexte ou lieu de bagroud, à vos souhaits, merci.
Baruya : voir posture épistémologique des consultants
Base de clients : pourquoi faire laid quand on peut faire net en disant clientèle ou fonds de commerce, ou encore plus simple et plus joli, en disant simplement clients. Réserver l’expression quand on parle des fichiers ou des programmes informatiques où l’on compile des millions d’informations selon les méthodes de la "gestion de la relation client" ou "Customer Relationship Management".
Benchmark, benchmarking : tout le monde comprend « analyse comparative ». Pourquoi ne pas le dire ? D'autant que la prétention du vocable anglais ne masque pas toujours l'inanité de la prétendue comparaison : de simples études de marché sont parfois vendues très cher comme des benchmarks.
Bilan : confusion inacceptable avec le mot résultat, et d’autant plus que tout manager qui se respecte devrait avoir des notions de comptabilité, langage splendide des affaires. Un bilan présente une comparaison entre un actif et un passif, d’une société, et par extension littéraire, d’une personne politique ou d’un groupe d’action. Un résultat est une somme (ou une soustraction), notamment entre les deux colonnes du bilan (perte ou profit). Je veux bien entendre l’erreur d’un journaliste parlant du « bilan » d’un accident, mais pas la faute d’un manager parlant du « bilan d’une situation». S’il confond bilan et résultat, c’est vraiment qu’il n’a rien compris à ses affaires.
Blanchissage : apparemment, les banques lavent toujours plus propre. En tout cas, j’ai entendu dans les remugles de l’affaire Clearstream un journaliste parler du blanchissage d’argent sale (au lieu de blanchiment ).
Bluffer : à la première personne du pluriel du subjonctif imparfait, la forme est « que nous bluffassions » . Que le ciel me donne une occasion, une seule, de l’employer, et que je puisse dire à mes petits enfants : "du temps que j’étais jeune, il s'en est fallu de peu que jamais je ne me bluffasse".
Boîte à outil : plus les concepts sont abstraits, plus les méthodes sont éthérées, plus le manager aime parler de sa « boîte à outil ». Pas d’inquiétude, il ne vous la montrera JAMAIS. Ce n’est pas qu’il est jaloux. Il n’a pas non plus peur que vous les lui piquiez, ses précieux outils. Il ne vous la montrera jamais parce qu’elle est insaisissable, mais il vous en parlera, il sera même intarissable sur le sujet. C’est un vrai bric-à-brac de trucs, de gadgets, de machins… Mais le manager a la nostalgie de l’établi, de l’atelier, de la « vraie réalité concrète ». La boîte à outil est une pure métaphore qui veut donner l’illusion de la proximité du management à la réalité. Malheureusement cette proximité n’est jamais donnée d’avance.
Booster : augmenter (ses ventes), doper (son chiffre d’affaires), remonter (le moral de ses troupes) … Booster fait très jeune manager dynamique, mais le mot vieillira sans doute très vite…
Brainstorming : le terme français recommandé par le ministère de la culture est remue-méninges. Nunuche. Ils ont dû en passer des séances de brainstorming pour trouver ce mot.
Breakeven : le mot français est « point mort » ou « équilibre ».
B to B : évoque irrésistiblement Brother et Brother (je sais, cela n’a rien à voir), dont tant de directions de communication semblent s’inspirer pour rédiger leur plaquette en quadrichromie. Texto :
Nos missions : nous adressons les problématiques clients afin d’implémenter des dispositifs transversaux opérants et structurants et les aidons ainsi à développer leurs potentiels de valeur ajoutée
Notre vision : B & B est animé par la conviction que les enjeux de demain se préparent aujourd’hui .
B & B dans le monde : B&B est présent partout dans le monde sur les quatre continents développés.
Traduire "B to B" : tout le monde comprend, mais on peut dire en français commerce ou service interentreprise.
Budgétiser a remplacé budgéter (ce dernier est correct, mais ne s’emploie plus).
Business model : modèle économique, modèle d’affaires. L’emploi d’un anglicisme doit automatiquement déclencher le réflexe de « chercher l’élément qui gêne ». Celui qui parle de business model au lieu de dire simplement modèle économique veut certainement en dire plus sans oser ou sans pouvoir le dire. Il pense sans doute à toutes les astuces dudit modèle pour truander, entuber, farcir les dindons que seront forcément ses clients, ses fournisseurs, ses salariés voire ses actionnaires ou encore la communauté toute entière (corrélat presque obligé de ce non-dit et peut-être même non pensé, mais présent dans l’inconscient managérial, à un moment ou à un autre de l’exposé ou de la conversation, un "rapport win-win" viendra opportunément se glisser).
Business system : filière d’activité, chaîne de valeur.
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