Abhorrer : détester. Ne pas confondre avec arborer : dresser, élever, porter ostensiblement, montrer ou encore afficher. En Belgique, signifie aussi « planter d’arbre ». J’aimerais voir l’homme arboré de tous dont un jour j’ai entendu un dirigeant parler.
Acceptation – acception : confusion fréquente et regrettable. L’acception d’un mot ou d’une expression, c’est le sens dans lequel on l’emploie, l’usage qu’on en fait. L’acceptation, c’est le fait d’accepter quelque chose, dans le sens de donner son accord, son consentement (plutôt formelle ou technique, l’acceptation).
Acquéreur : pas de féminin pour ce nom.
Acquis – acquit : encore une confusion fréquente. L’acquis, c’est ce qui est gagné, accumulé, élaboré, en parlant d’un savoir, d’une expérience, ou d’un capital... L’acquit, c’est la preuve qu’on a payé quelque chose. Au sens figuré, c’est l’acte par lequel on s’épargne un regret ou un remord (par acquit de conscience).
Acronyme : il s’agit d’une suite d’initiales de mots français ou étrangers, suite prononcée comme un nom ordinaire, par exemple laser (Light Amplification by Stimulated Emission of Radiation) ou ovni (objet volant non identifié). On voit que contrairement au sigle, (SNCF, HLM, HIV, bonjour, comment vous épelez-vous ?), l’acronyme se prononce comme un mot ordinaire. Il perd sa majuscule quand il devient un nom commun et prend généralement s au pluriel. Voir sigle et l’emploi des divers trucs et bidules pour embêter au maximum ceux qui vous lisent ou vous écoutent.
Acter : un manager qui se respecte ne note rien, ne mentionne rien, ne prend pas acte. Non. Il acte. Et parfois il confond avec décider, agir, bouger.
Actionnable : on devine qu’une décision actionnable ou une mesure actionnable sont l’une et l’autre susceptibles d’entrer en action, d’être mises en œuvre… Mais rien n’est moins sûr. (J’ai même vu un plan d’action actionnable !). Les Anglophones utilisent le mot « actionable » pour dire d’une chose, par exemple d’une injure ou d’une affaire, qu’elle est passible d’une action en justice. Cet emploi est correct, mais pas celui d’ « actionable » au sens de « susceptible of being put in practice », malheureusement chipé par certains Francophones mal avisés qui importent ainsi un anglicisme et une faute d’anglais. Il faut donc bannir le mot actionnable de son vocabulaire.
Adresser : non à l’utilisation dévoyée (merci, Thierry Do Espirito) du mot dans l’expression « adresser un problème » au lieu de « aborder une question », ou de « s’occuper d’un problème ». C’est l’anglais qui fait rêver avec son « address an issue ». On se figure un problème qui se promène et qui passe à portée de voix ; on lui hurlerait : « et, toi, viens ici tout de suite. Oui, toi, là, le problème avec ta tête à claque et ton allure chafouine. Tu vas voir ça, je vais t’apprendre, moi, à te balader, je m’en vais t’envoyer une de ces mandales… » Voilà comme on rêve de s’adresser aux problèmes.
Agenda : petit carnet de route, en papier ou électronique ; ne pas utiliser au sens anglais pour programme, ordre du jour d’une réunion. Par contre, le sens de calendrier me semble avéré (dates auxquelles on donne rendez-vous sur une semaine, un mois ou une année pour des manifestations, des réunions, des évènements).
Agile : rencontré dans un article de management : « Telle est la vocation de l’intelligence économique: une brique fondatrice de l’entreprise agile ». Avec Alphonse Allais, on pouvait s’attendre à un constat tel : "Le lapin est un mammifère agile et délicieux". Mais je n’avais jamais rencontré d’entreprise agile, surtout faite de briques. On notera l’ économie typique de la phrase de management, qui permet un recyclage permanent en remplaçant un seul de ses termes, la vocation de l’intelligence économique devenant par exemple celle de la stratégie d’entreprise – du marketing viral – de l’analyse comparative –des systèmes d’information, etc.
Agréer : agréer l’expression de mes sentiments respectueux, croire à mes sentiments respectueux.
Agressif : qui veut attaquer, blesser, critiquer ; menaçant, violent ou bagarreur. L’anglais « agressive » a un sens plus positif, moins teigneux. Pour le traduire, préférer dynamique, musclé, offensif…
Ahead : entendu ou rapporté d’entretien d’évaluation, jamais rencontré dans un écrit, mais ne saurait tarder. Je vous que vous restiez ahead, tu n’es pas assez ahead (en langage managérial un peu plus ancien, signifie que la personne ainsi qualifiée n’atteint pas le niveau de performance souhaité).
Alternative : situation dans laquelle deux partis seulement sont possibles. Emploi critiqué : qui constitue une solution de remplacement, une autre possibilité, voire une échappatoire. Utiliser plutôt le mot option (mais bien sûr, tout le monde comprendra le mot alternative s’il vous échappe).
Ambages : toujours au pluriel ; affirmer sans ambages.
Ambigu, ambiguë, ambiguïté, ambigument.
Amont : mot qui caractérise le parler du manager, dont toute pensée coule nécessairement de haut en bas, ou plutôt se coule sur le modèle du processus. Quel que soit le point où l’on se trouve, on est toujours en amont ou en aval de quelque part. La réflexion en amont a facilité l’implémentation du projet : pas besoin de carbone 14, dans cent mille ans, on pourra précisément dater l’expression.
Antidote : nom masculin.
Antonyme (exercice de l’) : petit truc pour traquer l’insignifiance dans un texte. Il s’agit d’inverser le sens des phrases ou des mots et de peser la différence. La phrase de départ qu’on lit dans tous les rapports financiers (ou plutôt qu’on ne lit pas tellement cela fait bailler) :« Nos résultats sont tout à fait exceptionnels. Notre entreprise va bien, ça va même très bien. Les tendances sont toutes au vert... » . À la moulinette de l’antonymie sélective, cela donne : « les chiffres sont relativement médiocres. Notre entreprise ne va pas si mal que cela. Les chiffres ne sont pas tous au rouge... ». Du premier texte coule l’insignifiance. Le deuxième vous donne envie d’en savoir plus. Retournez au premier et retravaillez jusqu’à ce qu’il accroche l’attention. Quand le contraire d’une phrase (ou d’un mot) est plus consistant que la phrase elle-même, interroger son contenu, son intention ou se demander si le moment de la prononcer est bien choisi…
Apanage : toujours exclusif – donc pas la peine de le préciser.
Apogée : toujours au maximum – donc pas la peine de le préciser.
Arcanes : n.m., toujours au pluriel, dans le sens de mystère, de secret : les arcanes de la science, du pouvoir. Ne pas confondre avec arcades, même s’il y en a de très jolies.
Aréopage : n.m., assemblée de juges, d’experts, de personnalités. Aéropage n’existe pas.
Articuler : attention de rester dans le même registre métaphorique lorsqu’on utilise ce mot dans le sens d'organiser ou lier. Dans le Petit Robert, un exemple daté mais correct : « c’est autour de la charnière conflictuelle jeunesse-liberté / vieillesse-autorité que s’articule le conflit traditionnel dirigés-dirigeants » (on note charnière – articulation, etc.). En revanche, évitez ce genre de pâtés : "l'articulation des axes d'orientation du projet s'effectuera sous la houlette du pilote de la task force". Ne pas traduire l'anglais "articulate a vision" autrement que par "énoncer ou formuler une vision".
Assessment : utiliser à la place évaluation, par exemple dans les centres d’évaluations, qui remplacent les centres d’assessment.
Assertivité : affirmation de soi, confiance en soi (voir intelligence émotionnelle).
Assistant : attention quand on traduit de l’anglais ; ne signifie pas forcément secrétaire, mais qualifie un cadre supérieur adjoint d’un responsable important.
Assurer – assumer : emploi de plus en plus fréquent comme verbes intransitifs. C’est marrant, mais familier. Et pas tout à fait interchangeable. Comparer : M . X assume, M. Y assure.
Attractif : ce qualificatif repris à l’anglais existe en français dans le sens d’attirant, attachant, captivant (métaphore de la force attractive de l’aimant) en parlant d’une chose ; mais l’emploi est critiqué comme anglicisme dans le sens d’attrayant, que l’on parle d’une personne ou d’une chose. On évitera donc des prix attractifs auxquels on préfèrera des prix attrayants. De même, on parlera d’un salaire intéressant, de conditions séduisantes, etc. On ne pensera même pas à l’attractivité d’une personne, mais éventuellement à l’attirance qu’elle exerce, à l’intérêt qu’elle suscite.
Au niveau de : voir niveau.
Autant que faire se peut : ce n’est pas très joli, mais autant l’écrire correctement.
Auto : dans les mots composés, est rarement suivi d’un trait d’union, même devant une voyelle, sauf devant e et i. Autosuffisant, autodétermination, autoroute, mais auto-immunité, auto-école, etc.
Autorité : encore une instance en crise chronique… comme la confiance. Mettez les crises d’autorité et de confiance sur une petite liste des lieux communs, clichés ou idées reçues à éviter ou à approfondir, et évitez les dans vos textes, vos discours ou vos conversations.
Mais prenez aussi le temps de penser à ce concept, qui, comme le fait remarquer Michel Serres, est un grand tabou dans notre société. Le management le contourne prudemment et pour se faire entendre sur le sujet, parle de leadership, voir ce mot plus bas.
Le mot autorité est-il condamné à se coltiner la crise ? Derrière la formule toute faite, il y a une réalité qu’il faut appréhender, en faisant appel à la notion de légitimité.
Détient l’autorité celui qui est reconnu dans un statut ou dans un énoncé.
Pour simplifier, je vais ramener le peuple des détenteurs de l’autorité à deux figures : le Pape et le scientifique. Le Pape est l’une des figures les plus parlantes de ceux dont l’autorité découle de leur statut ou de leur position : père et mère, maître d’école, instituteur, mais aussi astrologue, etc. Même si on ne croit pas en Dieu ou si on pratique une autre religion, le Pape a l’autorité de sanctifier quelqu’un, de décréter un dogme, de nommer des cardinaux, etc. Il est légitime aux yeux des personnes qui se disent catholiques, non par ce ce qu’il dit, mais parce que c’est lui qui le dit.
L’autre figure de l’autorité est représentée par le scientifique. Lorsqu’un physicien déclare « dans des conditions définies de pression atmosphérique, l’eau pure bout à 100° », sa parole est légitimée par la certitude que derrière sa déclaration, s’exerce un processus de vérification.
Pendant des siècles, la légitimité liée au statut a suffi pour fonder l’autorité. Elle continue à agir, mais l’apparition de la science moderne met« le ver dans le fruit ». La légitimité scientifique rend très difficile la légitimité du statut. Comme dans les systèmes monétaires, difficile de faire circuler deux monnaies différentes : la « mauvaise » chasse inexorablement la « bonne ».
Pour justifier un ordre, rares ceux qui peuvent invoquer, comme le Pape, un « parce que je l’ai dit » ; il faut recourir à un problématique « parce que c’est vrai ». Le management, discipline moderne soumise à l’influence de la science, n’a pas l’autorité facile.
Avatar : signifie toujours « métamorphose », « transformation radicale ». Et jamais ennuis, contretemps, mésaventure. Les avatars d’une entreprise, ce sont ses changements de forme, de nom ou d’activités. Il est vrai que cela signifie souvent maux de têtes, insomnies, et problèmes de toute sorte. Ce n’est pas une raison pour confondre avatar et (mauvaise) aventure.
S’avérer : se montrer à la lumière de l’expérience, ou de la réflexion. Se révéler réellement. Les puristes dénoncent son emploi dans l’expression « s’avérer vrai », ou « s’avérer faux ». Il n’y a pourtant pas vraiment d’erreur logique à l’utiliser dans ce sens. Mais si on n'aime pas se disputer avec les puristes, on peut écrire "se réveler faux".
A propos du mot "autorité", ce qu'en dit Michel Serres est plutôt intéressant :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-info/chroniques/sensinfo/index.php?m=3&chro_diff_id=55000807 (à écouter !)
Rédigé par: Jean-Pierre Prud'homme | 27 février 2007 à 16:35