Jadis, les exhibitionnistes courraient les rues. Ils se cachaient dans les encoignures, surgissaient au coin d’une rue, apparaissaient derrière une poubelle, et le manteau ouvert, la braguette à l’air, se figeaient soudainement dans une impressionnante et pitoyable érection. Comme la lumière, l’incongruité de la situation m’atteignait avant le choc et la conscience de l’obscénité du geste. Je riais d’abord puis m’enfuyais. Un jour, au cours d’une fête à l’école, je reconnus un «désaxé» (c’était comme cela que ma mère avait qualifié le personnage de la mésaventure que je lui avais racontée) : dans la même position incommode et ridicule, il jouissait au milieu de la foule, satisfait et suffisant. Autour de lui, une aura d’immobilité et de silence. Stupeur de la foule ? Non : indifférence absolue. Je fis comme tout le monde. Plus jamais je n’aperçus d’exhibitionniste.
Dans les livres, j’ai aussi appris à boucler mon étonnement devant les témoignages indécents d’ego déprimés et à faire la différence. À l’adolescence, j’ai eu la chance de lire Martin Gray (Au nom de tous les miens) puis Jean Améry (Par-delà le crime et le châtiment) suivi de Primo Levi. J'ai découvert Delly avant Jane Austen et Thackeray. Pour une fillette, Martin Gray est bouleversant, Delly délicieusement insipide et pervers. Mais Améry, Austen,Thackeray (et aussi Tintin, Tomi Ungerer et Maurice Sendak) sont incomparables et incompatibles avec les premiers. Longtemps, j’ai essayé, au-delà de la singularité des Conrad, Stevenson, Pouchkine ... de percer le secret de leur mystérieuse parenté... Je n’y suis pas arrivée et plus tard,je me suis tournée vers la critique littéraire. Pour m’apercevoir que contrairement à la foule sage et ignorante, les critiques s’excitaient souvent devant les masturbations publiques d’auteurs aussi prolifiques qu'insignifiants. Depuis, j’évite. Dans les librairies, je me méfie. La plupart des auteurs, je ne les lis d’ailleurs que morts. Ce n’est pas exprès. C’est parce que le temps n’a pas fait le tri des vivants. Enfin, c’était vrai hier. Car depuis quelques mois, je lis de nouveau des critiques sur un site sombre, violent, inégal, splendide. Des notes longues, polémiques, et ardentes. Alors si vous êtes solide (sa passion pour Philippe Sollers est déconcertante), allez éprouver votre goût de la littérature aux vents des critiques tourmentées de Juan Asensio .





Welcome back ! Pardon pour l'anglais, je n'ai pas l'équivalent de chez nous. L'exhibitionnisme me dérange comme un chien accroché à ma jambe. Peut-être n'est-ce qu'une demande d'amour d'une pathétique immaturité. Pas étonnant que ça n'intéresse guère la foule. Pour ma part je compatis, mais de là à devenir client...
Rédigé par: Smara | 12 février 2009 à 21:42
Oui, ces derniers temps ont été un peu difficiles : je ne savais plus où donner de la tête. Ou plutôt, j'en avais par-dessus la tête ; tempêtes, dépressions, commissions, désintégrations ou réintégrations, je me suis laissé déborder par l'actualité, horreur et honte ! Je suis retombée sur mes pattes (tête sur les épaules). Je relis le Banquet de Platon. À table, tout le monde !
Rédigé par: Thérèse | 13 février 2009 à 09:51
Ah ben enfin, Madame Thérèse! ;-)
Ce qui est troublant, avec les auteurs purement égo-cultivateurs, c'est que tout le monde trouve ça insupportable, mais qu'ils vendent plein de bouquins quand même...
Rédigé par: Caplan | 14 février 2009 à 00:11
Oui, c'est un mystère aussi impénétrable pour moi que les salaires des footballeurs, les scores d'audience à la télévision, les foules au MacDonald.
Rédigé par: Thérèse | 16 février 2009 à 10:23
Ah le joli site !
Je découvre votre blog grâce à votre petit commentaire sur l'herbier du Stalker.
Un plaisir de contraste que ce style simple et enjoué, après les alambics fielleux, rogommeux ou arides du plus truculent des blogueurs !
Continuez, je reviendrai.
Rédigé par: Etienne | 04 mars 2009 à 15:54