Les filles publiques d’antan étaient notoirement déconsidérées; sans doute parce qu’elles avaient l’art de s’en consoler, on les appelait joliment des filles de joie. Ce n’est pas cette aventure sémantique qui risque d’arriver à l’opinion publique : tout aussi vilipendée que les putains de jadis, elle n’affiche pourtant aucune sorte d'allégresse. Il faut lire les éditos, supporter les piliers de bar et écouter dans les dîners en ville : tous clament haut et fort leur grand mépris pour cette gigasse commune et vulgaire. En matière d’opinion, il n’y aurait de propre que le singulier, ou plutôt seul le singulier serait propre. Le fait d’être partagée par tout le monde rend l’opinion aussi méprisable que la pauvre fille, peu importe et surtout si elle a raison.
C’est sans doute le propre de la démocratie, d’exiger que chacun pense pour et par soi-même. Alors au nom de quoi faut-il accepter la dictature du sentiment ? Si à peu près n’importe quelle élucubration peut passer dans le débat politique pour autant qu’elle passe pour personnelle, en revanche gare au cœur de pierre qui éclatera de rire face aux justifications sentimentales d’un bandit comme Bernard Tapie ou qui restera de marbre devant les jérémiades d’une Christine Angot.
Dans le débat de la réforme des universités, des commentateurs bien avisés remarquent que Valérie Pécresse est devenue inaudible. Est-ce parce que son projet est « mauvais » ? Non, mais parce que ses détracteurs sont en train de le faire passer pour maléfique. Ils n’essaient pas de convaincre l’opinion publique que cette réforme n’est pas raisonnable, mais ils parviennent à faire croire que ceux qui la soutiennent sont des « fachos ». L’opinion publique opine : elle est bien certaine qu’il faudrait mieux faire en matière de recherche et d’enseignement. Mais elle se résigne d’avance parce que le sentiment public est bien plus fort qu’elle et que la perception de toute tentative de réforme s’énonce ainsi : qu’elle vienne de ce gouvernement, ou d’un autre, la réforme ne saurait être mue par autre chose qu’un intérêt privé, obscur et méchant.
"La réalité n'a aucune importance, il n'y a que la perception qui compte"*. Le marketing politique était bien inspiré le jour où il a repris cet adage redoutablement efficace aux plus lamentables des conseillers en communication : il est en train de se retourner contre toute action politique.
* cité par Yasmina Reza, L'Aube, le soir ou la nuit, Flammarion, 2007





Bon, bon. Alors que dire de la nomination de François Pérol à la tête de l'ensemble Banques Populaire-Caisses d'Epargne?
Si ce n'est pas prêter la joue...
http://www.lefigaro.fr/politique/2009/02/25/01002-20090225ARTFIG00556-affaire-perol-les-affirmations-de-l-elysee-dementies-.php
Rédigé par: Caplan | 25 février 2009 à 22:06
Excellent exemple du conflit entre une opinion publique qui enregistre le manque de rigueur du président mal parlant (beau parleur) et exprime son malaise ; et le sentiment public qui crie au scandale ou à la rédemption... Mais pourquoi les politiques sont-ils trop souvent sur le registre de l'indignation (où la perception brute compte avant la réalité complexe). Bayrou et Aubry semblent captifs de ce registre. Zut.
Rédigé par: Thérèse | 26 février 2009 à 10:25