Quand vous étiez petit, vous mettiez le Lagarde et Michard dans votre cartable. Maintenant que vous êtes grand, mettez donc le Jourde & Naulleau dans votre sapin. Surprise garantie: cet essai de critique fiction présente, commentaires et exercices à la manière du manuel scolaire, des auteurs qui auraient prospéré à notre époque, en vendant du bonheur ou de l’indignation avec un tas de fautes de syntaxe et de goût. J’ai ainsi découvert, entre autres, la famille Lévy (Marc et Bernard-Henri)... Une certaine Mlle ou Mme Angot, une autre Gavalda, et d'autres auteurs aussi extraordinaires ... "Se non e vero, e ben trovato".
Qu’est-ce que je me suis bien amusée à lire ces auteurs accommodés à la sauce didactique bien relevée. La critique littéraire me goûte rarement autant. D’habitude, elle me turlupine quand elle tente de séparer les vrais des « faux » écrivains, et, hélas, elle passe son temps à la dénonciation de l'imposture littéraire. Jourde et Naulleau n’y échappent pas vraiment, sauf que dans leur bienveillance, ils se moquent des faiseurs à qui il arrive de manquer de talent et d’avoir quand même du succès. Ils se livrent ainsi, entre les lignes, à une cruelle critique de la masse des pauvres lecteurs que nous sommes : comment pouvons-nous avoir si mauvais goût ?
Chez des critiques moins lucides (ou moins bien éclairés par l’ironie), on s’étonne d’apprendre qu’un tel qui vit, somptueusement ou non, de la vente de ses droits d’auteur n’est en fait pas un « vrai » écrivain (poète ou essayiste). J’ai essayé de comprendre à quoi les critiques patentés reconnaissaient un « vrai » écrivain. Apparemment, ce ne serait pas qu’une question de tirage. La cheminée des ventes ne serait qu’un attribut secondaire. Il est vrai que la majorité des critiques ne s’attaquent pas, comme Jourde et Nalleau, à des locomotives de l'édition comme Philippe Sollers ou Éric-Emmanuel Schmitt, mais dégomment avec acharnement des inconnus à peine publiés. Il n’y a pas de cheminée sans feu... En effet, pour le "vrai" critique, le "vrai" écrivain est constitué d'une plume, bien ferme, bien dure, bien pénétrante. Elle trempe dans des encriers qui vont toujours par deux : action et imagination, histoire et émotion, cerveau gauche et cerveau droit, etc., et au milieu de ces deux glandes, dressée comme un poteau, une épée, une fusée, la plume prête à décoller… Bref, pas besoin de faire un dessin : la différence entre un vrai écrivain et un autre, c’est la même différence qu’entre un homme, un vrai, et un qui ne le serait pas. Tout est une question d’en ... avoir ou pas. C’est pourquoi il faut dire de Marguerite Yourcenar qu’elle est une homme de lettre, et autant des autres femmes connues pour leur plume.
Le Jourde & Naulleau, précis de littérature du XXIe siècle de Pierre Jourde et Eric Naulleau, Mango, 2008.





Le Lagarde et Michard, je connaissais, hélas...
Mais pas le Jourde et Naulleau. Je suis allé voir sur Wikipedia et c'est irrésistible, effectivement. A mettre sous le sapin sans faute!
Ne pas manquer de compléter le cartable avec "La Grammaire française et impertinente", de Jean-Louis Fournier, Documents Payot.
Rédigé par: Caplan | 16 décembre 2008 à 20:27
Tu peux aussi ajouter si tu ne les as pas encore lus : "L'arithmétique appliquée et impertinente", et "Je vais t'apprendre la politesse, p'tit con" (en plus, il y a de bons conseils, par exemple, ne pas se couper les ongles de pied à table et dire merci quand tu reçois la porte en pleine tronche, que ce la dame devant toi a oublié de la tenir ou t'a fait un cadeau, on ne sait jamais !). On m'a signalé, mais je ne connais pas, un site sur "La vie est trop courte pour lire de mauvais livres" animé par un des deux auteurs du Jourde & Naulleau. Il faut croire que j'ai un coeur d'artichaut, car je suis touchée par les mauvais livres : ils me tombent des mains, mais plein de gens les lisent et s'ils ne sont pas rebutés par la nunucherie de ces mauvais romans de gare, c'est que pour eux, pour parler comme Marc Lévy, "la vie est un long voyage en chemin de fer" et toute distraction est bonne à prendre, que ce soit "Elle" ou "Lui" ou "Attends-moi quelque part". Cela me fait rire de voir que des gens très sérieux attribuent un prix Nobel à JM Le Clézio et que d'autres applaudissent ou s'en scandalisent, selon qu'ils le trouvent incomparable ou soporifique. Mon hilarité ne déguise aucune indignation, en l'occurrence je n'en pas lu une ligne de Le Clézio. Après tout, ni Proust, ni Tolstoï ne l'ont eu (le prix). S'il y a des gens qui achètent les ouvrages de B H Lévy ou de Jacques Attali, faut-il sortir son révolver ? Pour abattre quels pigeons ? Les plumitifs ou les (dé)plumés ? Ceci dit, j'ai le Jourde et Naulleau sur ma table et je me régale de temps en temps de leur talent à dégommer les inepties. Trop bien, comme diraient les enfants !
Rédigé par: Thérèse | 17 décembre 2008 à 14:31
Je ne voulais pas rallonger, mais j'ai aussi "L'arithmétique appliquée et impertinente", mais pas "Je vais t'apprendre la politesse, p'tit con".
Je vais me mettre à sa recherche.
Je vais aussi me renseigner sur "La vie est trop courte pour lire de mauvais livres".
Merci pour ces infos, Madame Thérèse!
Rédigé par: Caplan | 17 décembre 2008 à 23:40