Dans les métaphores du discours managérial, j’ai oublié, non, je n’ai pas vu, l’analogie entre les variations du marché et les troubles de l’humeur. Aujourd’hui, journalistes et politiques sont devenus, à les lire, des spécialistes de la psychose maniaco-dépressive. Les peurs des marchés financiers ? Elles sont « hystériques », « démentes », « forcenées » … Les cours dévissent ? Les bourses sont devenues folles. La confiance se barre ? Les banques sont irresponsables.
Bien ficelée, la métaphore du marché devenu fou. Mais avant ? J’ai regardé quelques textes depuis le dernier krach (pardon, incident de L’appel de la forêt) : après l’explosion de la bulle Internet, le marché s’est ressaisi, est reparti et depuis semble monter vers des sommets toujours plus hauts. Le marché est un marcheur de fond. Quand d’aventure il lui arrive de tousser, de ralentir, ou de trébucher, il se reprend et repart gaiement. L’euphorie des sommets ? Quelle euphorie ? Quand la bourse monte, quand les paniers de valeurs s’envolent comme des ballons gonflés à l’hélium, les analystes ne dénoncent pas très haut des emballements suspects, des enthousiasmes déplacés, des obsessions inquiétantes. Tant que son humeur est bonne, le marché ne suscite aucune inquiétude. Au fond, personne ne s’étonne de s’enrichir, même en dormant. Ma voisine a fait expertiser sa maison chaque année depuis le dernier boom immobilier. Aujourd’hui elle fait la gueule : elle en veut à la terre entière de la perte de dix pour cent d’une valeur dont elle n’avait remercié personne d’avoir grimpé de cinquante.
A qui toutes les voisines de la terre et les politiques veulent-ils couper la tête ? Aux patrons irresponsables, aux spéculateurs cupides, aux banquiers corrompus. Et voilà qu’on nous annonce des lois pour moraliser la vie économique, punir les coupables, et commencer par réduire les rémunérations « insensées » des dirigeants. Bien fait pour leur pomme ! Et bonne chance pour la future morale du système. En attendant la nouvelle éthique du capitalisme et la prochaine phase maniaque de notre économie, je vais me relire tout Schopenhauer : quand on ne comprend rien, on se console (et on se garde !) dans le pessimisme.





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