La nuit, par la fenêtre ouverte, j’entends le bruit de la ville qui fait tourner sa lessive. J’écoute aussi la forêt proche. Depuis trois semaines, les cerfs qui la peuplent « chantent en leur langage, ainsi que fait un homme bien amoureux ». C’est Gaston Phébus qui l’écrit, à la fin du 14e siècle : <Les cerfs> sont bêtes légères et fortes et merveilleusement avisées. Ils vont en leur amour, qu’on appelle le rut, vers la Sainte-Croix de septembre, et ils sont en leur grande chaleur un mois tout entier, et avant d’en être complètement retraits, près de deux mois. Ils sont alors farouches et courent sus à l’homme, comme ferait un sanglier qui serait bien échauffé. Et ce sont de dangereuses bêtes, car c’est à grand-peine qu’un homme guérira, s’il est bien blessé par un cerf. Et pour cela, dit-on : « Après le sanglier, le médecin, et après le cerf la bière. » … Ils se tuent, blessent et combattent l’un l’autre, quand ils sont en rut, c’est-à-dire en leur amour, et ils chantent en leur langage, ainsi que fait un homme bien amoureux. … Et … quand ils sont en rut … dans une forêt où il y a trop peu de biches et quantité de cerfs, ils se tuent, se blessent et se combattent, car chacun veut être le maître des biches, et volontiers le plus grand cerfs et le plus fort tient le rut et en est maître. Et quand il est bien déprimé et las, les autres cerfs à qui il a enlevé le rut lui courent sus et le tuent ; et ceci est vérité. Et on peut bien le prouver aux parcs, car il ne sera jamais saison que toujours le plus grand cerf ne soit tué par tous les autres, non pas tant quand il est en rut, mais quand il en est retrait et déprimé et maigre. Dans les forêts, cela ne se produit pas si souvent, car ils vont au large là où il leur plaît…» Gaston Phébus, Le livre de la chasse, traduit par R. et A. Bossuat, Philippe Lebaud éditeur, 1986





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